Aimé Roux résistant dans le Champsaur

Extrait du blog de Philippe Lecourtier, avec qui j’avais collaboré Mémoire du Champsaur https://champsaur.net/aime-roux-resistant-dans-le-champsaur/

Hommage à Aimé Roux

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 Aimé Roux

Aimé Roux est né à Poligny le 6 octobre 1920  (fils de Joseph Roux et de France Sarrazin). Il a  vécu à Poligny jusqu’en 1940. Au dire de ses proches il avait un « coeur d’or », le coeur sous la main.

Son père Joseph ROUX avait fait la guerre de 14-18. Il avait été décoré de la médaille militaire et le 27 janvier 1919 son régiment l’avait félicité et cité en ces termes  « Très bon soldat a fait preuve de beaucoup de bravoure dans maintes opérations au front depuis le début de la Campagne« 

Deux de ses oncles et un de ses cousins étaient morts pendant la fameuse guerre de 14-18….

Donc, bien évidemment ce n’était pas une famille où l’on regardait sans bouger…l’ennemi envahir et occuper la Patrie….

En 39-45 ses parents habitent au dessus de Poligny au pied du mont Moutet, dans la forêt. Ils acceuillent  les maquisards qu’ils aident pour le mieux. Leur maison a vraiment servi de cache et de havre à de nombreux maquisards notamment ceux qui venaient d’autres régions.  Ils ont nourrit un  grand nombre de Résistants… (d’où sans doute… la photo de la tablée…) 

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Le 20 février 1941,  Aimé Roux s’engage dans l’armée française pour 3 ans. Il est affecté à  Orange dans le 12eme Régiment Cuirassé,  comme en témoigne son livret militaire.

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Fin 1942, le vent tourne:

 En effet, le débarquement des Alliés a eu lieu en Afrique du Nord le 8 novembre 1942. Les casernes françaises ferment les unes après les autres sur demande des allemands qui craignent à juste titre que les soldats français se retournent contre eux. Comme beaucoup de jeunes militaires en fin d’année 1942, Aimé Roux sent le vent tourner et demande un congé de 3 mois le 28 novembre 1942. Il est d’ailleurs hautement probable que ce soit sa propre hiérarchie qui le lui ai proposé.

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En 1943 :

Donc en 1943, il retourne dans les Alpes, et tout en étant soldat engagé de l’armée française il est libre de toutes ses obligations. C’est en 1943 que les militaires français en grand nombre rejoignent le maquis ……avec leur savoir faire.

  Aimé Roux a donc suivi l’itinéraire de beaucoup de jeunes militaires.

La Résistance dans le Champsaur s’étoffe  également pour d’autres raisons.

1 /  Les communistes rentrent massivement dans la Résistance car l’URSS a été attaqué par les allemands malgré le « pacte de non agression ».

2 / Mais c’est à priori l’institution du « Service du Travail obligatoire «  en 1943  qui a fourni le plus grand nombre de jeunes résistants aux FFI du Champsaur. Ces jeunes réfractaires (ça tombe bien) seront encadrés par les militaires qui rejoignent également le Maquis.


3 / On peut également citer, les jeunes alsaciens refusant d’intégrer l’armée allemande et qui rejoignent   la Résistance. Ce fut le cas à Champoléon pour 20 d’entre eux. Certains ont appris plus tard que leur famille en Alsace avait été déportée suite à leur désertion ! On se rend compte que les Allemands ne laissaient rien au hasard. Cette information m’a beaucoup fait réfléchir : entrer dans  la résistance c’était une chose, engager sa famille en était une autre …….

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Le 6 juin 1944 :

Aimé Roux s’engage dans la Résistance dans le camp de Molines en Champsaur. Il fait partie de la Trentaine Piot. Aucun doute, il est entré en contact avec ce groupe soit par proximité géographique soit par des liens d’amitié. On peut signaler à cette occasion qu’il y a eu plusieurs Trentaines dans le Champsaur. Il s’agissait en réalité de groupes 30 hommes « sédentaires », pour être plus clair des groupes formés par les habitants du coin (à la différence des militaires, des jeunes réfractaires, des alsaciens qui venaient d’autres régions de France……).

Sa formation militaire continue. 

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Trentaine Piot, avec Jean Roux à la mitraillette. L’entraînement se fait encore avec du matériel ancien (Thomson 1928). Les nouvelles armes seront parachutées sur le Champsaur surtout 6 mois avant la libération.

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 Aimé Roux. Tout est bon pour s’entrainer…même les armes de poing.

Aimé Roux

Sur cette photo j’ai été surpris par la jeunesse des Maquisards.

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 Groupe de Résistants dans la neige. Aimé Roux dans le cercle.

En 1944, la Résistance se manifeste ouvertement dans la vallée de telle sorte que les allemands se croient complètement encerclés. Ils ne s’aventurent  plus du tout dans la vallée du Valgaudemar et très peu dans celle du  Champsaur. Lorsqu’ils s’y aventurent ils attachent des hommes devant leurs convois comme bouclier humain.

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Les voies ferrées sautent, des convois d’animaux sont interceptés et rendus à leurs propriétaires, des prisonniers sont libérés de façon audacieuse, les groupes récupèrent de nuit le matériel qui a été parachuté……Les allemands demandent des renforts en haut lieu mais rien ne leurs est accordé.

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Libération de Gap le 20 Août 1944.

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Cette photo qui m’a été adressée par Mme Claudette Roux-Laurent est exceptionnelle (peut-être unique en son genre car je n’en ai retrouvées aucune sur internet). Nous avons été quatre à nous pencher sur ce cliché, chacun de nous ayant une petite spécialité. Voici les conclusions : la photo a été prise probablement le soir du 20 Août 1944, jour de la libération de Gap. Le mélange de soldats américains (5 à priori), le drapeau bleu-blanc-rouge, la bouteille de vin semblent le confirmer.  Le N° 2 est Drouot Lhermine le chef de tout le secteur des Hautes-Alpes (confirmé par sa famille). Exceptionnel !! Juste à côté de Drouot (en N°1), feuille à la main,  probablement le commandant américain. En N°4, juste derrière le drapeau,  Aimé Roux qui est au centre de notre article. En N°3 j’ai cru reconnaître un moment le capitaine Henri Baudel (surnommé Capitaine Conan) mais sa famille me l’a dementi : ce n’est pas lui. Peut-être en 17 le futur colonel Sassi (sur la photo il est sous-lieutenant).

La Libération de Gap a été un coup de bluf mais surtout un coup de tactique militaire incroyable. 700 maquisards Champsaurins gonflés à bloc ont pu encercler 1200 allemands et avoir le dessus avant l’arrivée des américains…Gap est libérée par les français. Je raconte cette libération dans un autre article. Pour le lire  cliquez ICI

Il choisit de suivre Drouot Lhermine pour harceler les allemands jusque dans le Nord-Est

Un petit rappel d’histoire :

Après avoir libéré Gap, le  Ltd Colonel Lhermine libèrera Briançon puis combattra dans la vallée de l’Ubaye auprès de la 2eme division marocaine du Général Carpentier. Il poursuivra les allemands jusque dans le Nord-Est de la France, participera avec ses troupes aux batailles d’Héricourt, Belfort, Bourbach et enfin Bischwiller. Les combats seront très rudes et 82% de ses hommes seront tués ! Lui-même sera blessé dans la poche de Belfort. Il recevra l’ordre d’arrêter les combats et de redescendre ses troupes à Valence. Aimé Roux fait partie des 18% d’hommes survivants !

 Sa fille, Mme Roux Laurent,  nous explique comment son père a pu suivre Drouot :

« Voici, à peu près ce qui s’est passé…

Pour lui, il était absolument clair qu’il fallait faire quelque chose… ne pas se laisser faire par l’occupant allemand, ne pas accepter l’occupation, bref  « libérer la France » du joug de l’ennemi.

Mon père avait su, mais j’ignore comment, que De Lattre devait débarquer en Provence et devait passer à proximité des Alpes….  Pour rejoindre la première armée, il fallait faire partie d’un maquis…. »

Aimé Roux entre donc  dans la trentaine Piot, les maquisards de Molines.  Il avait ainsi  toutes les conditions requises pour suivre Drouot Lhermine et De Lattre dans le combat contre les allemands.

Mme Laurent continue son courrier ainsi :

 » Il a donc utilisé la trentaine Piot comme tremplin vers l’Armée.

Il a fait ensuite la campagne Rhin et Danube avec le commandant L’Hermine … il a refusé un première fois la croix de guerre estimant que ses faits militaires ne suffisaient pas pour mériter cette distinction…

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 Un écusson récupéré sur une veste d’Aimé Roux restée en France. Il en était très fier.

Il a refusé une deuxième fois la croix de guerre en Indochine ….alors qu’il avait déjà « remonté » avec succès plusieurs postes militaires… là encore ce n’était pas (pour lui) suffisant pour mériter cette distinction… »

Le 31 mai 1945

Il est nommé caporal par le colonel Drouot Lhermine.  Avec ce grade il est affecté le 8 février 1945 au 159eme RIA, finalement le 26 octobre 1945 il est démobilisé : la guerre est finie.

L’après Guerre pour Aimé Roux.

Je laisse sa fille, Mme Laurent-Roux, nous expliquer la suite des évènements. Elle a perdu son papa à l’âge de 3 ans ….voici comment les choses se sont déroulées :

« Une fois démobilisé à la fin de la guerre, il est rentré à Poligny… mais la ferme était bien petite et non viable pour 6 personnes (les 4 enfants dont il était l’aîné et des parents fatigués…) Les gendarmes qui connaissaient bien la maison y ayant conduit nombre de fuyards des STO ou des gens à cacher… (Je vous rappelle que leur maison se situait au milieu des bois au pied  de Moutet)  donc les Gendarmes sont venus le solliciter pour entrer dans la Gendarmerie… Il fit donc l’école de Romans sur Isère et sorti Garde Mobile, et affecté à la 6ème LMGR à Strasbourg…

Quand il fut désigné pour partir en Indochine (partaient tous ceux qui n’avaient pas d’enfant ou bien qui en avaient 1…..) il était confiant puisqu’il allait rejoindre De Lattre qui était pour lui un modèle, il avait  fait Rhin et Danube avec lui…. et Drouot….

 De plus on leur avait dit qu’ils partaient pour faire du « Maintien de l’ordre » 

Ce fut cas la première année…mais De Lattre est mort la plus grande confusion régnait tant en France avec ses gouvernements successifs qu’en Indochine…..

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Manquant cruellement de cadre les officiers envoyèrent les Sous-officiers -qu’il était- pour remettre en état les postes de campagne et former au maniement des armes les autochtones….

Et au poste de Phuong Nai près de Phat Diem  qu’il commandait…avec pour second un légionnaire du 5eme REI   et 52 supplétifs Viets …il fut prit en nombre par le viet Minh qui était 10 fois plus nombreux…http://servir-et-defendre.com/viewtopic.php?f=52&t=257

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Il est donc fait prisonnier le 9 Novembre 1952….mais affaibli par se crises de Paludisme, un très mauvais moral, ne voyant pas d’issue à sa condition de prisonnier…..Fière de la France, il a refusé de signer le manifeste communiste…. il est décédé d’épuisement et de dépression

Il fut jeté dans la jungle sans sépulture…..

http://www.anapi.asso.fr/index.php/liberation-et-rapatriement/etat-des-prisonniers

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Maman s’est rendu 8 fois au Viet Nam, elle a tout essayé pour le retrouver…. il serait par là à droite vers les bois…..mais comment vérifier..

J’avais un peu plus de 3 ans 1/2  lorsque c’est arrivé. (lettre de sa fille).

« Je n’ai pas de souvenirs de mon papa , sauf les cris, les hurlements de ma mère tenant un papier bleu (le télégramme) reçu lors de son décès. J’avais un peu plus de 3 ans 1/2. Le souvenir également d’une grande photo sur le buffet….un personnage central , absent…en quelque sorte«   

« Je ne pouvais donc pas garder pour moi seule les documents que je vous ai fais parvenir car il me semblait que ces photos ne m’appartenaient pas vraiment… elles font partie de l’histoire d’un petit morceau des Hautes Alpes, et elles pouvaient peut-être vous aider « 

« Maintenant je me rends dans les hautes Alpes 3 ou 4 fois par an, ce qui m’amène à la « rencontre » de ma famille paternelle que je n’ai pas connue et surtout de mon papa dont je n’ai pas de souvenirs….. »

Du Webmaster.

Je remercie vivement Mme Roux-Laurent pour tous les renseignements qu’elle m’a donnés sur son père, ainsi que pour le grand nombre de photos transmises. Aucun doute cet article donne encore un éclairage différent sur la Résistance dans le Champsaur et ce qui s’est passé ensuite. 

Louis MERLET dit Loulou

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NOTES ET TEMOIGNAGES DE
LOUIS MERLET SUR LA GUERRE
D’INDOCHINE Présentés par son fils Fabrice.

« A la mémoire de tous les combattants de l’Union Française morts pendant cette
bataille et pendant leur captivité ».


« A mon père, ce héros au sourire si doux « 

Je suis heureux et ému de vous présenter le témoignage écrit, de mon père Louis.

La retranscription de ses manuscrits m’a permis de tenir la promesse que je lui avais faite.
C’est en toute humilité que je l’ai fait, avec comme seul objectif, transmettre comme il me l’avait demandé ses réflexions et souvenirs à ses enfants, petits-enfants et à toutes les personnes intéressées par cette période.
Faire le voyage dans les alluvions de sa mémoire a été une très grande émotion. J’ai trié, repris des éléments disséminés ici et là et j’ai essayé de remettre le tout dans le fil d’un récit, parfois confus comme l’étaient ses souvenirs et les terribles combats de cette bataille.
Les mots qu’il utilise pour décrire les scènes de combat ou de captivité sont parfois terribles. La guerre brûle les hommes. Il faut trier dans les cendres et les ombres pour découvrir qui étaient ces combattants.
Les valeurs comme, l’honneur, la fraternité, le courage, la droiture, l’abnégation, l’amitié ont presque disparu dans le monde d’aujourd’hui. A travers son texte, il nous les laisse en présent.
Je dois avouer que ce travail m’a fait beaucoup de bien, il m’a permis de faire mon deuil et d’apaiser ma tristesse. Il est possible que parfois cela soit trop fort dans mes écrits, ma grande affection pour lui en est la cause.
Je suis heureux de l’avoir fait pour lui et pour les combattants de cette bataille. Maintenant je sais que j’ai accompli mon devoir de fils en honorant sa mémoire.
Il me manque, son esprit est là et me soutient tous les jours. Je suis sûr que là- haut, au paradis des paras avec ses copains, Duvigneau, Bergamasco, Martin et tous les autres, ils approuvent que j’éclaire une partie de leur vie de soldat. Il faut se souvenir, l’oubli est une seconde mort pour eux.
 » On connait la valeur du sel quand il n’y en a plus, et celle du père après sa mort. »

Préface

Dans les pages qui suivent, le sergent-chef Louis Merlet, à travers un récit saisissant, au style haletant et sans fard, nous plonge comme si l’on y était, dans l’enfer des derniers combats de Diên Biên Phu, bataille la plus longue et la plus meurtrière depuis la fin du second conflit mondial. Il nous fait revivre, avec une rare intensité, cette période douloureuse partagée avec ses infortunés compagnons de guerre dont beaucoup ne sont pas revenus, enfouis dans la boue du champ de bataille ou morts en captivité, dans d’atroces conditions.

Mais au-delà de ce témoignage frappant par son authenticité et sa justesse de ton autant que par le regard d’une extrême lucidité que Louis jette sur lui-même, sur ses camarades et l’impitoyable ennemi, c’est aussi à Fabrice Merlet qu’il convient de manifester notre estime et notre gratitude pour l’indispensable devoir de mémoire qu’il accomplit, rendant ainsi un hommage appuyé, et ce n’est que justice, à son père et à tous ses Frères d’armes qui ont combattu jusqu’au bout avec bravoure, abnégation et sans esprit de recul, pour la France, avant d’être abandonnés à leur sort dans l’indifférence quasi générale de la lointaine métropole .

 » Notes et témoignage » qu’il faut méditer, pour que le sacrifice de nos Anciens ne sombre pas dans l’oubli et que l’image exemplaire qu’ils ont laissée du soldat français en Indochine, demeure une référence pour tous ceux qui ont l’honneur de porter l’uniforme, et parmi eux, nos jeunes camarades engagés aujourd’hui sur les différents théâtres d ‘opérations.

Général (2S) Michel Mignaux, fantassin de marine (1973-2008)

INTRODUCTION


Le premier objectif de mon père en me confiant ses écrits a été de transmettre son témoignage, à ses descendants, mais aussi à tous ceux que la période de la guerre d’Indochine intéresse. Son témoignage porte sur lui-même et ses combats au Viêt-Nam, sur sa vision de la bataille de Dîen Biên Phu.
Le deuxième est d’honorer la mémoire de tous ses compagnons parachutistes et de tous ses frères d’armes disparus durant cette guerre. C’est un récit dur, sans concession, parfois féroce et brutal. Les actes de ses hommes ne sont ni bon ni mauvais. Il n’y a pas de héros, mais des actions héroïques. C’est un hymne aux
sans-nom, aux sans-grade de cette bataille. Leur courage anonyme, leur cri, leur souffrance, leur défaite, leur victoire, leur mort brutale et solitaire doivent nous parvenir, car ils éclairent aussi l’Histoire et notre mémoire. Nous sommes comme eux des sentinelles. L’oubli est une seconde mort pour ses hommes.
Ce fut un processus difficile pour lui, certains de ses souvenirs ont été très douloureux à réveiller. Pourtant, il a tenu à le faire pour perpétuer la mémoire de ces hommes.
Au moment de son récit, Louis a 31 ans (louis est né le 29/01/1923 à Cursan en Gironde et il est décédé le 25 juillet 2009 à l’âge de 86 ans), il est sergent-chef au 6ème BPC (bataillon de parachutistes coloniaux) à la 26ème CIP (compagnie indochinoise parachutiste), il a déjà fait un séjour en Indochine (au 5ème BCCP), il est à la fin
de son deuxième séjour d’une durée de 27 mois) comme tous ses compagnons paras du 6ème BPC.

L’action se situe pendant la bataille de Diên Biên Phu et pendant les dernières heures des combats. Il est chef d’un groupe de mitrailleuses, après la dissolution de sa compagnie la 26ème CIP du Lt DE WILDE le 29 mars 1954.
Cette compagnie a perdu ses officiers et un grand nombre de ses soldats. Il est alors affecté à la première compagnie du Lt LEPAGE.

Avec ses camarades, il a déjà sauté deux fois à Diên Biên Phu, la première fois le 20 novembre 1953 lors de l’opération « Castor ». La deuxième fois le 16 mars 1954. Ils étaient largués en renfort suite à l’attaque viet-minh du 13 mars 1954. Pendant 54 jours ils vont livrer une terrible bataille sous le déluge de feu de l’artillerie. Il est fait prisonnier le dernier jour de la bataille, le vendredi 7 mai 1954 vers deux heures du matin. Il sera libéré le 22 août 1954 du camp 70, après une captivité inhumaine de plus de 106 jours.

Ces pages manuscrites ont été rédigées sur une période allant de 1993 à 1996.
Louis ne voulait pas témoigner par écrit sur cette période, mais deux évènements l’ont poussé à le faire.
La première occasion fut le baptême de la 84ème promotion du groupement de qualification des sousofficiers en 1994. Les élèves (futurs sergents de l’infanterie) avaient choisi comme parrain de promotion le Sergent-Chef RUBIANES, tué au combat le 05 mai 1954 à D.B.P, dans l’abri même où se trouvait Louis. A la
demande de l’état-major de l’école et des élèves, mon père fut l’invité d’honneur de la cérémonie. Il fut très touché et enthousiasmé par l’accueil que lui réservèrent les jeunes élèves. A cette occasion, il écrivit son premier témoignage pour rendre hommage à la mémoire de son camarade le sergent-chef RUBIANES.

Le deuxième lui a été demandé par le Colonel ALLAIRE (qui était à l’époque, le président du Comité des Anciens du « Bataillon Bigeard »). Le colonel ALLAIRE souhaitait recueillir ce témoignage sur les combats et sur la captivité de mon père, afin de lui permettre de compléter ses propres souvenirs. Il souhaitait, semble-t-il,
écrire un livre. Il avait envoyé un courrier à Louis dans ce sens. Louis a commencé alors à rédiger ses souvenirs. D’abords pour ces deux raisons et ensuite pour honorer la mémoire de ses amis tombés au combat pendant cette terrible bataille.
C’est un grand honneur qu’il m’a fait en me confiant son manuscrit, au crépuscule de sa vie. Ce moment est gravé à jamais dans ma mémoire. Nous avions très souvent échangé sur son passé militaire et surtout sur son expérience comme parachutiste au Bataillon « Bigeard », le fameux 6ème BPC.
Il avait un grand respect et une grande admiration pour Marcel BIGEARD, ce grand chef. Il était fier d’avoir servi dans ce bataillon en Indochine. « C’est un honneur d’avoir servi sous ses ordres » me disait-il, très souvent, au cours de nos longues veillées dans sa propriété au cœur des Landes. Il y évoquait souvent
devant moi ses combats en Indochine, ses camarades, sa vie militaire et ses expériences. Je l’ai toujours écouté avec une attention empreinte de respect et d’affection. Je garde encore le souvenir poignant du jour où il m’a avoué que cette bataille le hantait encore : il y songeait très souvent, il revoyait distinctement les
visages de tous ses camarades de combat qu’il avait vu mourir à ses côtés.
Je reste marqué aussi par l’aveu qu’il me fit quelques semaines avant sa mort: je le cite « mon fils j’éprouve toujours une angoisse lorsque le soleil se couche, je revois tout de suite les images et les bruits de la violence des bombardements de nuit de l’artillerie vietminh qui très souvent commençait à la tombée de la nuit, je fais souvent des cauchemars de cette période, j’ai l’impression, que c’était hier« , me disait-il, presque 55 années après la bataille.
Fidèle à mon engagement, j’ai retranscrit son manuscrit, pour qu’il soit lisible et le plus clair possible (ses écrits manuscrits sont souvent difficiles à lire et pourraient décourager de futurs lecteurs).
Je souhaite préciser que je n’ai changé ni les mots, ni les phrases, pour que la retranscription reste fidèle à son esprit, à ses émotions, à ses doutes, à ses convictions. Seules quelques notes sont adjointes pour une meilleure compréhension des situations évoquées. Ces notes sont intégrées entre parenthèses, en italique
souligné pour les différencier de ses écrits.
Le texte que vous allez lire peut parfois paraître confus. Il reflète les terribles combats de cette bataille, mais aussi, peut-être, la difficulté du travail de la mémoire. Vous allez le découvrir tel qu’il était, sans artifice, authentique, comme nous l’avons aimé, comme je l’aime.

LA CHUTE DE D.B.P


Il écrit :
Je fais un petit mémoire sur les derniers combats à Dîen Biên Phu, dans la nuit du 6 au 7 mai 1954, ainsi que les circonstances de ma captivité.
Dans la nuit du 6 au 7 mai 1954, j’étais sur une position depuis plusieurs jours, dans un blockhaus, que j’avais plusieurs fois renforcé, du fait que de temps en temps un obus de 120 mm m’occasionnait des dégâts assez importants. J’avais une 7/62 (mitrailleuse de 30), je pense que la position où j’étais se nommait Eliane 3.

Il avait plu intensément, les tranchées étaient inondées. La pluie mélangée avec la terre faisait une boue assez épaisse qui rendait nos déplacements difficiles. Depuis 3 ou 4 jours, je n’intervenais pas, je restais sur ma position. Aussi m’étais-je mis à l’aise, et avais desserré les lacets de mes chaussures.
La pluie avait cessé de tomber, le ciel était dégagé. La lune était absente, mais le ciel brillait d’une multitude d’étoiles ; au sol c’était les ténèbres. Il me semble dans mon souvenir que des armes se sont mises à tirer :
un échange de tirs de mitrailleuses, dont les balles traçantes illuminaient le ciel, c’était beau à voir, et l’on se surprenait à rêver, quelques secondes seulement, mais c’était bon au moral.
J’avais avec moi dans le blockhaus trois supplétifs vietnamiens comme servants, mon tireur était mort. C’est moi qui servais cette pièce. Cette nuit-là, je n’ai pas beaucoup tiré, je ne voyais rien, mais j’avais fait des tirs de repère dans la journée. Quelques fois je balançais quelques rafales, lorsqu’il me semblait apercevoir ou
entendre quelque chose. Seuls les Viets pouvaient se présenter dans ce secteur, aussi je tirais en toute confiance. Mes camarades ne venaient pas me voir souvent depuis quelques jours, car il faut dire que les blockhaus étaient la cible préférée des Viets et que bien souvent un déluge de feu s’abattait dessus.
Vers deux heures du matin, je me souviens qu’il y a eu une lueur aveuglante. Je me souviens seulement du silence qui a précédé cet aveuglement. Je ne me souviens de rien d’autre. A mon réveil, je crus faire un cauchemar : une forte odeur de poudre, un Viêt qui se penche sur moi. Le retour à la réalité fut très dur.

Ils m’ont attaché les mains derrière le dos, j’ai eu du mal à me relever tellement j’avais mal partout, ainsi que de sérieuses difficultés pour respirer. A l’intérieur du blockhaus se trouvaient 4 ou 5 viets, dont un chef qui semblait d’un calme surprenant. Les autres tremblaient de tous leurs membres. Deux de mes servants
étaient morts, un troisième râlait et agonisait.
On m’a évacué et après avoir parcouru une vingtaine de mètres, j’ai vu le lieutenant Elise (de la CCB du 6 èmeBPC, officier 2 ème bureau/Trans) encadré par deux soldats viets. Notre évacuation a commencé en utilisant la tranchée. Nous n’avions pas parcouru 50 mètres que j’avais perdu dans la boue chaussures, chaussettes, pantalon. Il ne me restait que la smock (nom de la veste de combat des paras). A un certain moment, nous sommes arrivés au bout d’une tranchée et pour emprunter la tranchée qui se trouvait en face de nous en direction des « bodoïs » (nom donné aux soldats des unités régulières du Viet Minh), il fallait se mettre à courir à découvert pour franchir une distance d’environ 40 mètres qui était balayée par des tirs très
denses de plusieurs mitrailleuses françaises, dont une quadruple qui faisait des ravages dans les rangs viets, il y avait de nombreux cadavres partout. Je me trouvais handicapé du fait que j’étais attaché, alors que le Lt Elise ne l’était pas, je ne comprenais toujours pas pourquoi moi j’étais attaché et pas lui ? (Les viets en
fouillant Louis, ont trouvé les plans de la maison qu’il faisait construire et que son épouse lui avait envoyée, les viets ont dû croire que c’était des plans importants)
Nos gardiens nous ont fait signe de traverser, en nous poussant avec leurs baïonnettes, malgré les tirs très denses provenant de ces mitrailleuses. Avec le Lt Elise, nous sommes partis en faisant un bon et en courant le plus vite possible en espérant nous en sortir, nous avons atterri en plongeant dans l’autre tranchée et c’est en regardant derrière nous que nous avons aperçu nos deux gardiens, qui étaient allongés en plein milieu du passage à découvert ne bougeant plus, face contre terre, certainement morts! (J’ai toujours pensé que les gars aux mitrailleuses avaient des jumelles et nous ont repérés et ainsi épargnés: peut-être les mains liées dans le dos ?).
Deux autres viets nous ont repris pour continuer vers le PC viet. Nous sommes tombés sur une espèce de rond-point où plusieurs tranchées débouchaient. Nous avons vu sur notre parcours, beaucoup de cadavres viets, nos mortiers avaient fait du bon boulot. Les morts avaient la bouche pleine de riz : au moment du tir
au but, ils devaient être en train de manger. Nous sommes arrivés sur une espèce de rond-point où plusieurs tranchées débouchaient. Là nos deux gardiens nous ont attachés l’un à l’autre et nous ont fait asseoir au milieu du carrefour à découvert et exposer aux tirs de nos mortiers, nous avons pensé que notre dernière heure était arrivée. Nos gardiens étaient dans leurs trous et ils attendaient tranquillement qu’un de nos pélos (Jargon militaire pour obus) nous tombe sur la gueule. Nous avons eu droit aux tirs de nos mortiers, mais heureusement pas un seul n’est tombé sur nous, un vrai miracle. Je me souviens qu’avec Elise nos regards se sont croisés, car nos gardiens à l’abri dans leurs trous rigolaient de nous voir à découvert, attachés côte à côte. Ils devaient parier sur notre fin très proche, car les obus pleuvaient de tous les côtés. Les rires se sont arrêtés quand un obus est tombé pile dans leurs trous. Ils ont été pulvérisés. Nous nous sommes regardés et nous avons esquissé un sourire, malgré les salves de notre artillerie. La chance est parfois cruelle, cependant nous n’avions aucune compassion pour nos gardiens. Notre aviation est entrée dans la danse, mais ça tombait à côté. Plus loin, nous avons découvert les pitons où les viets avaient creusé des tunnels. Un travail monstre. Nous sommes enfin arrivés au fameux PC (poste de commandement) viet. Une tente et deux sentinelles de chaque côté de l’entrée. Je suis entré le premier.
Un commissaire politique était assis devant une petite table vide et il m’a posé plusieurs questions sur le moral des combattants. Je lui ai dit que je croyais à la victoire. Il m’a alors demandé ce que je pensais de la situation du camp retranché et du fait que je sois prisonnier. Ma réponse a été simple : « si nous étions ailleurs qu’ici et qu’il n’y avait pas les deux sentinelles avec leurs armes braquées sur moi, je vous dirais certainement ce que je pense ». J’ai peut-être ajouté autre chose, je ne m’en souviens pas.
Ensuite le Lt Elise est entré. Même question mais le CP (commissaire politique) lui a dit : « vous n’êtes pas Français ». Alors, Elise lui a dit : « je suis Français de vieille souche et je tiens à le rester » (le lieutenant Elise est des Antilles et de couleur noire d’où la question du CP). Le CP n’était pas très satisfait de nos réponses.
Après nous avoir fait marcher en rond, ils nous ont fait arrêter sur un piton qui dominait la cuvette.

C’est à ce moment-là que nous avons assisté à l’immense défilé de nos camarades prisonniers.
Personnellement je n’en revenais pas. J’étais même très surpris, car j’avais encore un très bon moral et
j’étais persuadé que l’on arriverait à vaincre grâce à cette fameuse colonne « crève-cœur » qui devait faire une percée pour nous permettre de décrocher et nous replier.
(La colonne « crève-cœur » commandée par le colonel Yves Godard. Au printemps 1954, elle se dirige à partir du Laos, en direction de DBP, avec pour mission de recueillir les rescapés ayant réussi une éventuelle sortie du camp retranché ou éventuellement débloquer le camp retranché
.

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La captivité


Il écrit :
Maintenant j’évoquerai ma captivité dans les camps. Je me suis trouvé au camp 70, mais lors de notre acheminement vers cet endroit, j’ai pu découvrir une multitude de coolies ravitailleurs avec des bicyclettes qui transportaient des colis de ravitaillement de toute sorte, ainsi que de nombreux camions Molotova de marque russe.

Les pistes étaient réparées presqu’aussitôt que les bombardements de nos avions les avaient abîmées.

Des dépôts de riz sur le parcours en direction du Delta avaient été prévus pour les divisions viets faisant mouvement dans cette direction.
A Conoï, je me suis évadé avec deux jeunes, Maréchal et un autre dont je ne me souviens pas du nom. Nous avions fait pas mal de chemin, au point que nous apercevions au loin un drapeau français. Après plusieurs jours de marche nous étions dévorés par la faim, nous ne devions pas rentrer en contact avec les habitants.
La région était aux mains du vietminh, mais les deux jeunes paras, contre mon gré, ont voulu demander de quoi manger aux indigènes. Le résultat est que 2 minutes après leur retour, nous étions entourés par des partisans armés qui nous ont repris. Nous avons été séparé, mes deux compagnons ont été emmené, je ne sais où, je ne les ai jamais revus, mais ils ne sont pas morts à ce que j’en sais.
Quant à moi, les partisans viêt-minh m’ont réservé une petite surprise. Après m’avoir attaché à leur façon les mains derrière le dos, je me suis retrouvé dans un village où ils m’ont mis dans une cage en bambou, en plein soleil. J’étais la curiosité des gens du village. Les « coolies » (travailleur ou porteur en Extrême-Orient) de passage m’aspergeaient de leur urine, me crachaient dessus et m’insultaient.
Tout mon être ne fonctionnait plus que par l’instinct de survie. J’étais devenu un animal, je n’arrivais pas à penser ni à ma femme, ni à mes enfants, je n’avais qu’une seule idée partir d’où je me trouvais après avoir étranglé tous mes geôliers. Je ne pourrais dire combien de jours je suis resté dans cette cage à la Louis XI.
Peut-être trois ou quatre jours, je ne sais plus exactement.
Un commissaire politique est passé dans le secteur et m’a fait rejoindre mes camarades au camp 70. Mais avant, il a fait organiser mon exécution factice. Les soldats ont tiré au-dessus de ma tête, probablement pour impressionner les habitants du village où j’avais été capturé. Puis il m’a fait rejoindre le camp 70 dans la cage à la Louis XI en m’exposant dans plusieurs villages. Il profitait de ma présence pour donner des preuves aux habitants que le parachutiste français n’était pas invincible puisque que l’armée viêt-minh l’avait capturé et mis en cage !
Je me souviens que ce camp se trouvait au bord d’une mare d’eau où les buffles se baignaient, l’eau était sale et l’on n’avait pas autre chose à boire ; mais j’étais tellement content de revoir mes camarades que les conditions de vie du camp m’importaient peu. Voilà pour les débuts de ma captivité.

Je me suis toujours posé une question, pourquoi l’on m’a mis, moi seulement, dans cette cage et pas mes deux compagnons d’évasion. Ce qui est bizarre c’est qu’aucun d’eux n’ait manifesté l’envie de me revoir ou de faire partie de
l’amicale des anciens de D.B.P. J’ai toujours pensé que comme c’étaient des jeunes et que les viets nous accusaient d’avoir déserté, de peur de représailles, ils avaient dû dire que je les avais incités à le faire. Et je crois avoir été puni pour cette raison. Je n’en veux pas à mes deux compagnons d’évasion, les circonstances étaient telles que je m’interdis de juger leur comportement. J’aurais même été content de les revoir.
Pour conclure sur ma captivité, je dirais en toute sincérité que s’ils ne m’ont jamais torturé, ils m’ont parfois frappé, des coups de bâtons, lors des fameuses séances idéologiques, toujours suivies de séances d’autocritique, que les commissaires politiques organisaient durant notre captivité. Nous devions « avouer » et « expier » nos fautes et dénoncer nos pensées impérialistes et colonialistes et ainsi nous remettre sur le bon chemin. Pour avoir peut-être une chance de devenir de bon soldats de la paix et ainsi rentrer en France plus rapidement. Cette séance d’autocritique se terminait souvent par des coups de bâtons, lorsque que nous faisions des parodies pendant nos autocritiques et certains de nos CP comprenaient notre humour pas toujours fin, que nos geôliers s’empressaient de nous donner, mais pas avant que le commissaire politique prononce cette phrase qui reste gravée dans ma mémoire à jamais :  » La république démocratique du Viêtnam pratique une politique de clémence! Mais non de faiblesse ! 10 coups de bâtons ! « .
Les viets ont tout fait pour que nous ne restions pas en vie mes camarades et moi : nous prenions de l’eau sale pour boire où les buffles venaient se baigner, nous couchions dehors sous la pluie, j’ai fait toute la marche forcée dans la jungle pour rejoindre le camp 70 ( le taux de mortalité dans le camp 70 a été de 52 % pendant les deux mois juillet et août 1954, la jaunisse tue à elle seule 120 prisonniers sur 280 Français / le
nombre de soldats capturés à Diên Biên Phu 11 721, libérés 3290, morts pendant la captivité 8431, les chiffres parlent deux mêmes) à demi nu (j’avais perdu mes chaussures, mon pantalon et le reste dans la boue de ma tranchée sur la position de combat au moment où j’avais été capturé). J’ai fait cette marche pieds nus avec une verrue plantaire et une légère entorse à l’articulation de mon pied droit qui ne me facilitait pas la marche (cette marche dans la jungle s’est faite sur une distance d’environ 300 kilomètres de la cuvette au camp 70, lieu de sa captivité). Il y a eu la cage à la Louis XI, les gardiens étaient à bicyclette et moi je courais derrière les mains toujours attachées. Il est certainement possible que j’en oublie, mais ce que j’écris est
malheureusement vrai.

48 heures avant notre libération nous avons eu droit à une espèce de thé sucré et une paire de chaussures, qui étaient trop petites, je ne pouvais marcher avec.

Il faut que j’ajoute un souvenir. Je viens de me remémorer plus précisément notre présentation au commissaire politique lors de notre capture avec le Lt Elise. Après avoir traversé plusieurs tranchées en direction du Nord vers Lai Châu et d’avoir essuyé les tirs de nos mortiers et mitrailleuses ainsi que les bombardements tardifs de notre aviation, ce qui nous a frappés, ce sont les travaux gigantesques qui avaient été faits, de grandes galeries souterraines traversant les pitons couverts de végétation. Et aussi les nouvelles troupes qui n’avaient pas encore combattu, cela se voyait à leur jeunesse et à leurs habits et équipements tout neufs. Ils voltigeaient autour d’un commissaire politique les abreuvant de doctrines politiques.
Enfin, nous voilà arrivés devant une tente. Deux sentinelles, l’arme aux pieds. On me fait entrer le premier, la tente de taille moyenne, une table sans rien dessus, deux chaises de chaque côté de la table dont une occupée par le commissaire politique chargé d’interroger les prisonniers. Premier contact sympathique, on s’est dit bonjour, il m’a fait détacher les mains et fait assoir. Après m’avoir demandé mon unité, mon grade, il m’a dit : « vous êtes des capitalistes et des mercenaires, croyez-vous à votre victoire ? comment juger vous la situation politique en France ? » Comme il me l’avait demandé, je lui ai répondu que nous avions bon moral et aucun doute sur la victoire. J’ajoutais : « En ce qui concerne mon point de vue sur la situation politique de la France, j’en causerais volontiers si nous étions dans une situation neutre et non pas avec deux armes braquées sur moi ».
J’ai conclu sur ma qualité de capitaliste en précisant que j’étais issu d’une famille très nombreuse de 22 enfants où l’on travaillait dès 7 ans avec mes frères et sœurs pour aider nos parents, et que si c’est cela être capitaliste il devait y en avoir beaucoup. Cela a été l’essentiel de la conversation. Il m’a fait remettre debout, m’a accusé d’avoir une attitude insolente et m’a fait sortir sans ménagement par les deux sentinelles.
Ils ont fait entrer le Lt Elise. Il était devant le commissaire politique. J’entendais tout du fait que j’étais à côté de la tente. Je suppose que lui aussi avait dû tout entendre. Après lui avoir fait déclarer son nom, grade, unité, le C.P lui demande : « d’où êtes-vous ? ». Elise répond : « Je suis de l’Amérique centrale ». Le C.P a fait un bond sur sa chaise (je pense que la surprise et la réaction du C.P étaient dues à la peur que les Américains
aient envoyé des renforts ou des conseillers). Elise continue et dit : « Je suis Français, la Martinique est un département Français ». Le C.P s’est fâché (je peux le dire rien qu’à sa voix), il était furieux. Le CP a alors dit en parlant très fort : « Vous n’êtes pas Français, vous le voyez bien, les Français n’ont pas votre couleur de peau » (il faut dire que Elise était plutôt noir), le C.P a continué du même ton : « vous êtes colonisés par les
Français, vous n’avez aucune dignité, vous ne défendez pas votre pays, mais les fantoches de colonisateurs. » Elise, quand il a pu parler, lui a rétorqué calmement : « je suis Français et j’en suis fier, mon pays est la France. Nous, en Martinique, nous tenons à le rester ».
Le C.P furieux l’a fait sortir. Alors un petit détachement de viets nous a repris en main et nous a fait tourner en rond, ils nous ont arrêtés à un endroit surélevé. Et là, à notre désespoir, nous avons assisté à l’acheminement d’une grande colonne de nos camarades prisonniers encadrés par des soldats viets. Avec Elise, je crois qu’il n’était pas nécessaire de parler, nous nous comprenions du regard, bien que nous fassions
l’impossible pour cacher notre tristesse. Voilà en gros mon début de prisonnier à D.B.P.
Je viens de me remémorer aussi en écrivant ses lignes, des souvenirs douloureux que j’avais enfouis depuis longtemps au fond de ma mémoire : lorsqu’ils nous ont fait évacuer de nos positions après ma capture dans le blockhaus, j’ai vu mon camarade et ami Bergamasco mort dans une tranchée (sergent Bergamasco Brendino tué à l’ennemi le 7 mai 1954 DBP, son nom figure sur le Monument aux Morts pour la FRANCE de
Dijon Indochine), il avait la tête qui dépassait de la boue. J’ai encore en mémoire son visage. On aurait dit qu’il dormait paisiblement. Il avait bagarré dur les derniers jours avec son groupe, ils défendaient la gauche de mon blockhaus. C’était un magnifique combattant, on pouvait compter sur lui. Il a tenu bon jusqu’aux derniers instants avec ses hommes. Ils sont tous morts et je les connaissais tous.
J’ai vu aussi Bob Martin qui nous avait rejoints dans la cuvette durant les dernières semaines. Mort lui aussi.
Son corps était presque entièrement recouvert par la boue. Je revois souvent leurs visages. Je sais qu’un jour je les reverrai tous quand ce sera à mon tour de quitter la piste. J’en ai vu bien d’autres des camarades que je ne pouvais identifier car ils avaient la tête enfoncée dans la boue. Par endroit il y avait plus d’un mètre de cette sale boue.
J’aurais aimé revoir le Lt Elise pour qu’on puisse reparler de tout cela et nous souvenir de nos amis et camarades qui sont enterrés dans cette terre d’Indochine.

FIN DE SON PREMIER TEXTE

Réflexion de Louis à la suite du visionnage du film DIEN BIEN PHU

Dien Bien Phu - Schoendoerffer Pierre - Studiocanal - DVD - Potemkine PARIS


Point de vue de Louis Merlet :

Sur le plan des causes de cette guerre et de notre intervention : d’accord pas de problème, l’auteur du film les fait bien ressortir ou presque.
Pour le déroulement des combats, bien que je ne sois pas d’accord, je préfère garder le silence. Pour la question des rats de la « Nam Youm » (nom de la rivière qui coulait au milieu du camp retranché de DBP, le nom de rats était donné aux combattants qui se cachaient dans des trous sur les berges de la rivière, voir le film), je savais que certaines unités n’intervenaient jamais. Les seuls combattants étaient : les légionnaires,
les paras, artilleurs, aviateurs.
J’aurais aimé voir dans ce film les valeurs morales, l’état d’esprit des combattants, la solidarité, les élans de solidarité qui faisaient que, bien que sachant la bataille perdue d’avance à Diên Biên Phu, des camarades en base arrière à Hanoï se portaient volontaires, avec tous les risques que cela comportait pour sauter sur la « cuvette » et nous rejoindre. Certains n’étaient pas brevetés TAP et c’était leur premier saut! c’étaient des camarades qui avaient de bonnes places, mais qui librement, seuls, sans contraintes, sans être désignés, sont venus au secours de leurs frères d’armes ! Je peux dire que cela m’a beaucoup touché.
C’est ce que fit mon camarade Bob Martin (Je pense qu’il s’agit de Jean Paul Martin tué le 06 05 54, Bob était peut-être un surnom) il s’est porté volontaire pour sauter et venir nous rejoindre dans les derniers jours de la bataille. Il a été tué dans les dernières heures de la bataille. J’ai vu son corps, dans la boue d’une tranchée, à coté de mon blockhaus. En voyant cela, j’ai compris le sens des mots solidarité et fraternité et toutes ces valeurs morales qui se sont manifestées pendant l’intégralité de la durée des combats. Je crois que c’est très important sur le plan psychologique pour le combattant. On ne pouvait pas dire que nous étions là par simple patriotisme, mais nous partagions la profonde conviction d’aider le peuple vietnamien à conserver sa liberté et ses institutions en place et à lutter contre un régime totalitaire qui employait les moyens les plus inhumains pour arriver à ses fins.
Les commissaires politiques, très puissants au sein de l’armée viêt-minh utilisaient l’action psychologique. Ils employaient la torture physique et morale aussi bien sur les hommes que sur les femmes, les enfants et les vieillards. Des horreurs de toutes sortes ont été commises. Nous avons retrouvé le même phénomène en Algérie chez les rebelles et les fellaghas. Qu’on n’en cause pas dans le film, je comprends ça.
Dans mes réflexions » à chaud » sur le film, j’allais oublier qu’aucun combat héroïque n’y figure et pourtant il y en a eu pas mal.
Sentenac (guerrier implacable et magnifique), le » mousse » Prigent (ancien SAS, extraordinaire combattant et chef), Hamel (très solide combattant, une force de la nature, qui avait fait la une de Paris Match), Balliste et Gosse (glorieux sous-officiers du 6) et mon ami Rilhac Maurice avec qui nous avions une solide amitié et fraternité de combat, autant de guerriers héroïques (Je me souviens Hamel a eu, lors de la bataille du 16 mars, le bras sectionné par un éclat d’obus. Quand je l’ai croisé, il tenait son bras avec son autre main et se dirigeait vers l’antenne chirurgicale. Calmement il m’a dit :  » Loulou (surnom de Louis) ils m’ont eu, les vaches ». Il a refusé que je l’accompagne. Je l’ai vu s’éloigner, lentement et dignement. Un sacré combattant, courageux, que ce Hamel ! En fait, il a été amputé de son bras et évacué). Et j’ai vu bien d’autres jeunes
sergents qui ont fait des combats formidables au corps à corps et à l’arme blanche. J’étais témoin, je les ai vus ! Ils sont presque tous morts là-bas.
Je me souviens plus particulièrement d’un combat héroïque qui m’a marqué. J’étais en intervention avec
mon groupe de mitrailleuses, je pense que c’était sur une des Huguette (les points « d’appui » de DBP portaient des prénoms féminin), je défendais un point d’appui par des tirs d’interdiction. C’était un petit réduit de tranchées qui était devant ma position à une centaine de mètres et qui était tenu par un groupe de
combat ou plutôt par une poignée de paras. Nous attendions l’assaut des viets, après un long tir de barrage de l’artillerie ennemie. Le petit réduit a vite été submergé par les viets qui donnaient l’assaut vague après vague. J’ai tiré sur ces vagues d’assaut des centaines de cartouches, mais il en venait toujours plus malgré les lourdes pertes chez l’ennemi. J’ai dû cesser de tirer, car les viets étaient mélangés avec mes camarades. Je
ne voulais pas toucher un de mes frères d’armes et l’ennemi qui appuyait leur assaut faisait de même. C’était étrange car pendant quelques minutes seul le combat de cette position faisait rage. Dans cette mêlée confuse le groupe de paras rapidement submergé, a été presque anéanti. La rage au cœur, je les voyais
succomber un par un sous les coups des assaillants. Les tranchées grouillaient de viets.
Je restais concentré prêt à tirer, quand j’ai vu ce para debout au milieu de la tranchée. C’était un jeune sergent, qui combattait comme un lion, seul et à l’arme blanche. Il essayait de nous rejoindre. Les viets lui tombaient dessus par deux ou trois, c’était un terrible combat au corps à corps. L’issue du combat me semblait incertaine, Il se frayait un passage entre les ennemis avec comme seules armes son poignard et sa pelle US. Il les éliminait un par un, calmement, sans peur, sans panique. Il était déjà en dehors de quelques mètres de la tranchée et dans notre direction, quand il aperçut son radio, qui était grièvement blessé et qui allait être entouré par les viets. Sans hésiter une seconde, il est reparti dans la mêlée rechercher son radio qu’il ne voulait pas abandonner.
Il s’est frayé un chemin à l’arme blanche jusqu’à son camarade, l’a chargé sur ses épaules sous le feu ennemi, mais aussi sous nos encouragements et nos cris d’admiration.
Avec mon équipier chargeur (un légionnaire blessé qui s’était porté volontaire pour m’aider à me passer les bandes de cartouches), nous nous sommes regardés et nous avons eu un sourire plein d’admiration pour lui.
Dès qu’il fut sorti de la tranchée avec son radio sur les épaules, j’ai tout de suite repris mes tirs avec ma mitrailleuse 7/62 pour qu’aucun Viet ne puisse l’empêcher de nous rejoindre. A cette distance mes tirs ont été dévastateurs, les viets tombaient comme des mouches. Ils pensaient qu’ils avaient fait le plus dur, mais ce jour-là beaucoup d’entre eux n’ont pas vu la victoire. Il y avait des cadavres de « bodoi » partout entremêlés aux nôtres. Le jeune sergent et son radio sur les épaules ont réussi à nous rejoindre après avoir parcouru 80 mètres protégés par nos tirs. Malheureusement son camarade agonisait et il est mort quelques minutes plus tard, mais lui n’avait que quelques égratignures. C’était incroyable quel combat héroïque !
Pourtant je me souviens que quelques jours plus tard, alors que j’empruntais une tranchée pour une intervention avec ma mitrailleuse, je le vis effondré, épuisé, assis sur une caisse de munitions. En passant à côté de lui, il m’a regardé et m’a dit :  » Merlet, je suis une loque ». Tout de suite je lui ai dit des mots réconfortants, lui ai donné une cigarette, une tape sur l’épaule. Malheureusement je n’ai pas pu rester avec lui plus longtemps. J’ai dû aller faire mon intervention, toujours en pensant à lui et à son combat. Quand je suis repassé, je l’ai trouvé allongé face contre terre, tué par un éclat d’obus. Je n’ai jamais oublié son visage, ni son combat magistral et victorieux, seul, face aux viets après avoir perdu tous ses hommes. Je ne me souviens plus de son nom, je le regrette. Mais je revois distinctement son visage après tant d’années.
Au combat, les camarades et les copains sont indispensables à la survie lors des tirs d’artillerie et lors des combats de tranchées. Seul, on est souvent vulnérable. Pendant les combats à DBP, j’ai été trois fois enterré par des coups au but sur mon blockhaus et chaque fois j’ai été sauvé par mes camarades. En particulier dans la nuit du 26 au 27 avril où mon blockhaus a reçu un obus de 120 avec retard, le toit s’est effondré sur moi et mes servants. Je me suis retrouvé enterré sous plusieurs mètres de terre et de gravats. J’ai cru que c’était la fin. Je n’arrivais plus à respirer et mon corps était bloqué sous les décombres. Je ne pouvais pas bouger et me dégager. Mais les copains par leurs efforts et leur obstination ont réussi à me sortir de là et m’ont transporté à l’antenne médicale. J’en suis ressorti rapidement, car je n’avais pas grand-chose en dehors de
quelques maux de tête et des douleurs à l’oreille. Ils m’ont nettoyé les yeux, la bouche, les oreilles. Quelques minutes de plus sous les gravats et je serais mort asphyxié.
Bien sûr la Baraka (la chance) compte pour beaucoup dans la survie au combat. Je me souviens d’un exemple où la chance m’a souri. J’étais installé dans mon trou de combat (à la japonaise) avec ma mitrailleuse que j’avais aménagée avec soins, quand j’ai reçu l’ordre d’intervenir sur une autre position. Je n’ai pas eu le temps de prévenir mes copains qui sont restés. Quand je suis revenu, j’ai vu au loin mes camarades groupés
autour de mon trou de combat; je les entendais dire avec tristesse « pauvre Loulou, il a été tué, il ne reste rien de lui »! Ils ne m’avaient pas vu arriver, je me suis approché tout en leur disant, hilare :  » Ben alors bande d’andouilles ! Je suis là! « . Ils se sont retournés vers moi, l’air surpris.
Mon ami Rilhac m’a alors montré un trou béant, et j’ai compris que mon poste de combat avait reçu un obus de 105 qui l’avait complètement détruit. Mes affaires personnelles et de rechange avaient volé en l’air au moment du coup au but. C’est pour cela que mes camarades m’avaient cru mort et en morceaux.
Quelques minutes ou secondes plus tôt et cela aurait pu être vrai. Nous nous sommes tous mis à rire et sommes tombés dans les bras des uns et des autres.
Un autre exemple me revient en mémoire. Pendant un violent bombardement sur notre position, j’étais dans une tranchée de combat avec mes camarades du 6, nous attendions la fin des tirs en espérant nous en sortir une nouvelle fois. Cela tombait de tous les côtés et depuis longtemps. Cela nous semblait une éternité.
C’était un tir de harcèlement. Puis ce fut le silence, qui fait presque aussi mal que le fracas des explosions.
Aussitôt, nous nous sommes remis au travail pour refaire les défenses qui avaient été malmenées. J’étais occupé à refaire un bout du réseau de barbelés quand j’ai entendu un faible gémissement. Je me suis aperçu que cela venait d’une grande flaque d’eau boueuse à quelques dizaines de mètres au-delà des barbelés.
Cette espèce de flaque était assez profonde et ses rebords cachaient une partie de l’intérieur. Même avec les jumelles, je ne voyais rien. Comme les gémissements nous tapaient sur les nerfs, j’ai décidé d’aller voir, car j’étais sûr que c’était un des nôtres : il y avait eu un assaut de la Légion quelques heures plus tôt.
Je suis sorti de la tranchée et j’ai couru pour aller voir, en restant courbé. Les tranchées viets n’étaient pas loin et cela tirait de temps en temps. En arrivant dans le trou, je vis un corps qui flottait à moitié, c’était un camarade qui était blessé, il gémissait et appelait au secours depuis un bon moment.
Quel choc, une vision terrible ! Son ventre avait été ouvert par un éclat d’obus et ses entrailles flottaient autour de lui, mais il était encore conscient. J’ai sauté dans l’eau et lui ai parlé pour le rassurer. Il s’est calmé et j’ai pu lui repositionner tous ses boyaux dans son ventre. Je lui ai dit de les maintenir avec ses mains pour que je le transporte à l’antenne chirurgicale et il l’a fait calmement et courageusement. Nous sommes
arrivés là-bas et il a été confié à un médecin. Je l’ai alors perdu de vue. C’était un légionnaire blessé du combat précédent, il était resté dans cette flaque plusieurs heures, inconscient, laissé pour mort.
Je l’ai revu plusieurs années après à l’hôpital du Val de Grace où je passais avec ma femme. J’ai vu ce légionnaire se lever et venir m’embrasser, nous nous sommes serrés dans les bras. Il pleurait et moi aussi, mais j’étais heureux de savoir qu’il avait survécu sans trop de séquelles. Il a eu beaucoup de chance! La baraka c’est important!
En ce qui concerne les dernières images du film où les soldats Français attendent les viets après le cessez le feu, j’ai trouvé le commentaire de Pierre Schoendoerffer bien fait. En effet, le plus dur nous attendait : la captivité inhumaine de  » l’oncle Hô  » (surnom de Hô Chi Minh). C’est cela qui nous a fait le plus de mal après les 57 jours de combat, c’est là aussi que j’ai le plus souffert, comme tous mes camarades.
Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi j’ai survécu, alors que tant de mes camarades sont morts au combat ou pendant la captivité. Ce dont je me souviens, c’est que j’ai failli y perdre mon âme, car j’avais un sentiment de haine profonde pour mes geôliers. C’est terrible mais je voulais tous les tuer et cette obsession me gardait en vie. J’étais comme une bête sauvage prise au piège, seul mes instincts primitifs fonctionnaient.
Le fait d’avoir un indéfectible instinct de survie m’a probablement sauvé. Pourtant à la fin, je n’en pouvais plus. J’avais comme bon nombre de mes camarades le paludisme, la dysenterie et même le béribéri.
Les derniers jours de ma captivité, je restais allongé sur une palliasse et n’arrivais presque plus à bouger.
Je me souviens qu’un camarade était allongé à côté de moi dans le même état. Nous étions tellement faibles depuis plusieurs jours que nous ne parvenions plus à parler ensemble : dormir, gémir et fixer le plafond étaient notre lot commun.
Un matin, un gardien viêt est entré dans notre abri, il semblait sur les nerfs, je ne comprenais pas pourquoi, j’étais absent. Il a commencé à crier et à vociférer des ordres que je ne comprenais toujours pas, quand soudain il a disparu de l’abri pour réapparaître quelques minutes après avec une pelle dans une main et son fusil dans l’autre. Il a jeté la pelle sur moi et, toujours en criant, il m’a montré la pelle et mon voisin d’à côté.
C’est là que j’ai compris ce qu’il voulait : mon camarade était mort dans la nuit et il voulait que je l’enterre.
J’ai essayé de me lever mais je n’en avais pas la force. Il s’est encore énervé et a crié plus fort en mimant ce que je devais faire. Mais je ne pouvais pas, mon corps refusait, j’étais dans un état second, indifférent à tout.
Il m’a insulté, donné des coups de pied et enfin fou de rage, il a armé son fusil et l’a pointé sur moi. J’ai vu dans ses yeux qu’il était prêt à le faire, mais j’étais sans réaction, absent, indifférent, sans force. Alors pour une raison qui m’a échappé sur l’instant, il a baissé son arme et a mis la pelle sur le corps de mon camarade, l’a saisi par les pieds et l’a traîné dehors, tout en m’insultant, pour l’enterrer. Sur le coup je n’ai pas compris
et je pense avec le recul, qu’il n’avait pas envie de creuser deux trous et c’est pour cela probablement qu’il ne m’a pas achevé.
Quelques jours après, j’étais libéré. Heureusement sinon je serais mort.
J’étais tellement heureux de sortir de ce cauchemar que j’ai à ma libération pris un peu de sable de la plage où les viêts m’ont libéré. (Le sable provient de la plage de SAMSON, plage de THAN-HOA, dans la province de même nom, en NORD-ANNAM, à l’embouchure du fleuve MA) Depuis je l’ai toujours dans ma chambre à côté de moi dans une petite boîte. Cette poignée de sable représente des souvenirs douloureux pour moi, mais aussi le symbole de l’espoir, de la vie, de la victoire de la lumière sur les ténèbres : tant que l’on a un souffle de vie, il ne faut pas désespérer.
J’ai été libéré le 22 août 54 après 108 jours de captivité, je ne pesais plus que 51 kilos, après une convalescence de quelques semaines j’ai embarqué à Saïgon le 26 09 et j’ai débarqué à Marseille le 20 10 54 sous les cris et les injures des communistes Français qui nous attendaient au débarquement. J’en garde une blessure et une incompréhension, avec le temps je suis parvenu avec difficulté à passer au-dessus de cela et de l’indifférence de la population. Ce que nous avons vécu personne peu nous le voler.
La citation à la fin du film :
« est-ce le châtiment cette fois, Dieu sévère ? » Alors parmi les cris, les rumeurs, le canon, il entendit la voix qui lui répondait : Non (Victor HUGO l’expiation la bataille de Waterloo
)

TEMOIGNAGE DE LOUIS SUR LA MORT DE SON CAMARADE  » DUVIGNEAU » A DIEN BIEN PHU

Il écrit :

D’autres évènements m’ont marqué comme la mort de mon jeune camarade à D.B.P lors de l’attaque,que nous avons menée le 28 mars contre la DCA viêt, contre des nids de mitrailleuses de 30, 12,7mm, 13,2 chinois… Après la bataille qui dura plusieurs heures avec des combats durs et meurtriers, il y avait beaucoup de casse chez nous. L’ennemi aussiavait des pertes très lourdes.

Nous étions dans une alvéole suffisamment large et profonde pour nous regrouper. Nous n’avions plus de commandant de compagnie, le Lt De Wilde avait été blessé à la main (sa main avait été arrachée par un projectile de calibre 13/2 chinois) et le s/Lt Jacobs son adjointvenait d’être tué à côté de nous quelques minutes auparavant. On venait de subir de lourdes pertes.

La batterie Vietminh de 105 mm, composée de 7 pièces, a fait un tir de harcèlement, une salve est tombée dans l’alvéole et tout autour. Plusieurs camarades que je connaissais bien ont été tués et en particulier mon jeune ami DUVIGNEAU Jacky (son nom est DUVIGNEAU Jacques Guy né le 17/07/1929 à Montfavet dans le Vaucluse tué à l’ennemi le 28/03/1954, son nom est gravé au Monument aux Morts pour la FRANCE deMontfavet, il était caporal-chef).

Mon expérience dans l’artillerie coloniale m’a servi car : au départ des tirs, j’ai plongé immédiatement, sûr que la salve était pour notre position.Nombreux de mes camarades ont fait de même et c’est ce qui nous a sauvés probablement ce jour-là.Pour une raison que je ne m’explique toujours pas,Jacky et quelques autres sont restés debout ! Jacky était en train de parler de son père « Auguste », auquel il avait offert un réfrigérateur,de sa façon de dire les choses toujours en blaguant.Il nous faisait rire avec cela au moment des impacts.

Il était toujours drôle et de bonne humeur,nous l’avions surnommé « Pagasse « .C’était pour son jeune âge (24 ans) un sacré combattant.On pouvait compter sur lui. Je le considérais comme un petit frère, lui il m’appelait le « Vieux » ou « Loulou ». Au moment des impacts, il était juste devant moi à environ 10 mètres.Un des obus est tombé à côté de moi.Le souffle de l’explosion m’a fait tourner la tête vers lui et c’est à ce moment que j’ai vu Jacky qui était resté debout.

Deux obus de 105 sont tombés : l’un devant lui, l’autre juste derrière lui. Il a disparu dans les gerbes des explosions. Au bout de quelques instants quand nous avons pu nous relever, j’ai couru vers lui.Il était mort sur le coup, son corps était déchiqueté, méconnaissable. Je l’ai mis dans une toile de parachute et je l’ai enterré à l’arrière, avec une grande tristesse.

A cette époque et pendant le reste du temps de cette bataille, ma réaction à sa mort a été enfouie dans ma conscience. Mais chose bizarre, plus le temps passe plus je revois avec une profonde douleur cette scène. Je n’ai jamais cessé de penser à lui durant toutes ces années. A chaque fois que je pense à lui, une profonde tristesse m’envahit, il me manque.

(Louis lors du 40ème anniversaire de la bataille de Diên Biên Phu à l’ETAP EN 1994 a rencontré avec beaucoup d’émotion le frère de Jacky, il a pu témoigner auprès de luides circonstances de sa disparition et de l’amitié qu’il lui portait.Cela a été un grand soulagement pour lui de le rencontrer ;Il a pu enfin confier et partager avec lui de nombreux souvenirs)

Je me souviens d’une anecdote sur Jacky. C’était pendant notre repli lors de la bataille de Seno, nous avions le régiment 66 et ses « bo-doïs » au cul. Ils faisaient tout pour nous poursuivre et nous anéantir. Mais nous nous retirions en tiroir en formant des bouchons pour stopper leur poursuite. Marche, course tout le long de notre repli. Les accrochages avec l’ennemi ne duraient pas plus de 5 minutes, puis nous décrochions et ainsi de suite pendant toute la durée de cette longue marche. Derrière nous cela grouillait de viets, ils couraient après nous sans prendre de précautions.

Dans une clairière, ils s’amassaient par dizaine à découvert. Ils étaient en train de se regrouper pour nous déborder par la droite et stopper notre repli. J’étais en embuscade avec une section et ma mitrailleuse était en batterie prête à faire des tirs d’interdiction, quand soudain j’ai vu mon »Pagasse »arriver devant ma ligne de mire. Il sortait de la forêt, décontracté après être allé satisfaire une « envie pressante » me dit-il , un grand sourire aux lèvres. Quand il est passé à ma hauteur, je me suis aperçu qu’il n’avait pas son arme. Je lui aif ait remarquer, il m’a répondu avec son habituel sens de l’humour : « ben merde, il faut que j’y retourne, je l’ai oublié là-bas où cela grouille de viets, tu ne fais pas le con « Loulou »ne me tire pas dessus quand je reviendrai ». Les copains et moi étions hilares, ayant bien du mal à rester silencieux malgré l’ambiance tendue du combat proche!

Il est reparti chercher son arme et il est revenu en courant sous les sifflements des balles qui passaient autour de lui. Il s’est écrié :  » merde!Loulou il y en a partout, ils ont failli m’avoir.Ils ont dû être surpris de me voir revenir, heureusement qu’ils tirent mal ! ». Pendant qu’il s’installait à son poste de combat, nous étions tous à ricaner ; Nous avons eu droit en retour à  » bande de pauvre mecs », mais il riait lui aussi. Quelques instants plus tard, j’ai tiré sur le rassemblement des soldats viêt-minh deux bandes entières de cartouches.

Le bilan a dû être lourd carl es viets surpris dans leur rassemblement à découvert tombaient comme des mouches. Cela les a stoppés un moment , et nous avons reçu l’ordre de décrocher rapidement. Quand il m’a rejoint, il m’a dit avec un sourire  » Loulou j’ai bien fait de te prévenir non ? ».

Je souhaite lui dédier une partie de la prière du père Delcorde Aumônier des paras et qui reflète mon attachement pour lui. S’il est vrai qu’on ne vit pas avec les morts, se souvenir et parler d’eux, les font revivre comme nous les avons connus et appréciés. C’est lorsqu’on les oublie qu’ils meurent vraiment.

Mon Dieu...

Fais seigneur, qu’enfin, ils sachent que nous n’oublions rien,

Ni l’amitié, ni leur sacrifice, ni leur mort

Et que Diên Biên Phu est une partie de nous même

Deuxième partie du texte :

Réflexion sur la peur au combat

Il écrit :

La plus grande peur viscérale que j’ai éprouvée, c’était à D-B-P. Nous avions évacué une position (probablementdominique1) et une heure après, nous avons reçu l’ordre d’y faire une reconnaissance. Arrivé sur les lieux, une peur primitive m’a saisi. J’en avais la « chair de poule » et le souffle coupé. Notre position avait subi un terrible bombardement par l’artillerie viêt-minh. Aucune tranchée, aucune position, aucun abri n’existaient plus, là où nous les avions occupés. La terre avait été tellement retournée, qu’elle en était noire de poudre et l’odeur de cette dernière nous étreignait en nous piquant la gorge, les yeux,le nez. Une atmosphère presque irrespirable et une vision de paysage lunaire.

J’ai eu souvent affaire à la peur dans ma vie, mais jamais comme cette fois-ci. Le plus souvent j’avais peur d’avoir peur, de ne pas réagir comme il faudrait et cela a été ma grande hantise. Mais j’ai eu de la chance, j’ai toujours pu réagir en fonction des évènements, sans prétendre avoir été courageux. Je crois que c’est dans la nature des individus.

Dans l’effort, dans le dénuement, dans la souffrance, nous sommes face à nous-mêmes et toute notre dimension humaine prend place. Au combat et dans les situations dangereuses, nous sommes tous confrontés à la peur et à la perte de nos moyens, parfois même à la panique. C’est là où nous devons faire un choix, soit céder à nos mauvais génies et à l’obscurité de nos instincts, soit choisir la voie de la lumière, de la fraternité et ainsi refuser l’égoïsme qui tue l’esprit de groupe. La première bataille à gagner est contre soi-même. Au feu c’est l’heure de vérité, la nature humaine se dévoile, nous sommes nus, face à nos démons.Je ne veux porter aucun jugement de valeur sur les actions et le comportement des hommes sous la pression de la peur. Il n’y a que ceux qui n’ont jamais connu la peur, la faim, la souffrance morale, la douleur physique qui se permettent de les juger. Moi je ne peux qu’assumer mes actions et constater celles des autres, c’est tout.

Tous les combattants qui ont connu les horreurs de la guerre connaissent le prix de la vie. Les survivants savent qu’ils ont, par hasard, reçu un sursis de la part de la grande faucheuse. Mais pour tous, la nuit venue au moment de s’endormir reviennent les angoisses, les ombres, les visages, les cris, les combats, les morts. Les cauchemars reprennent leur droit.

J’avais noté ces souvenirs de peur qu’ils puissent fuir ma mémoire. J’avais tellement été sonné le dernier coup dans le blockhaus sur Eliane III, que j’ai eu des problèmes de comportement, de perte de mémoire, jusqu’à ce jour. Pendant une vingtaine d’années, j’ai été incapable de me concentrer, ce qui a porté un préjudice au déroulement de ma carrière civile. J’ai cessé de fumer et je n’ai plus été capable de boire une goutte d’alcool pendant cinq ans. Maintenant ça va, mais il faut comme nous tous, faire attention.

 Je crois que tous les survivants se posent la question  » pourquoi je suis encore en vie ? pourquoi moi ? ». Au moment où j’écris ces lignes, je n’ai toujours pas la réponse.

FIN DE SON TEXTE

Le texte suivant fait partie d’une autobiographie qu’il a commencé sans jamais la finir. Il m’avait dit qu’il souhaitait expliquerle pourquoi et les circonstances de son engagement, et surtout il voulait exprimer qu’il avait été heureux de l’avoir fait, qu’il ne ressentait aucun regret.

 C’était sa volonté de transmettre que, quelque soit le milieu social et le niveau d’éducation, on peut réussir sa vie et faire son chemin. Il était entré à l’armée sachant à peine lire et écrire : « On nomme cela aujourd’hui l’illettrisme », me disait-il, sans fausse pudeur, ni honte. A son époque et dans une famille très nombreuse (famille de 22 enfants) les études étaient accessoires. Ils avaient presque tous commencé à travailler à partir de l’âge de 7 ans, d’abord en aidant leurs parents et les aînés, ensuite pour ramener quelques sous à la maison. De cette enfance, il gardait de bons souvenirs, il avait été heureux, lui et son frère Fernand à l’école buissonnière.

Mais à un certain moment de sa carrière militaire, il a éprouvé le besoin de reprendre à zéro son instruction. Grâce à l’aide d’officiers, de sous-officiers et de camarades, en prenant sur ses temps de loisirs ou sur son temps de sommeil, à force de volonté, il a réussi une remise à niveau honorable. Il a obtenu son « certificat d’études » avec mention, puis a réussi ses examens militaires, brevet chef de section, certificat interarmes avec mention Bien. Il a atteint le niveau terminal, car il souhaitait passer officier et voulait rentrer par « la grande porte », disait-il souvent. Mais la guerre d’Algérie l’a empêché de poursuivre dans cette voie. Il a fini sa carrière au grade d’adjudant, 6ème échelon, échelle 3. Il me disait souvent pour parler de sa carrière : « ce n’est pas si mal pour un paysan comme moi ». Je revois très nettement son sourire et ses yeux rieurs quand il me disait cela. Il ne regrettait rien, et moi j’étais et je reste très fier de lui. Il m’a très souvent aidé et guidé dans la vie et dans les moments les plus durs, il a toujours su trouver les mots justes pour me redonner courage et volonté. Il reste un exemple pour moi, il m’a fait partager ses valeurs que j’espère être en mesure de transmette à mes enfants. Je suis fier d’être son fils.

 Il voulait aussi transmettre cette force qui habite les grands cœurs, et qui est illustrée dans la citation de l’écrivain Antoine de Saint- Exupéry dans son livre « Terre des hommes » (livre que j’avais fait lire à Louis et qu’il avait aimé). Cette citation est reprise par le Général BIGEARD et le Sergent-chef FLAMENT dans le magnifique livre qu’ils ont réalisé ensemble, intitulé  » AUCUNE BETE AU MONDE », au sujet de la mort du Sergent-chef SENTENAC tué au combat le 21 Novembre 1957 dans les sables de Timimoum. Sentenac était aussi un ami de Louis.

Saint Exupéry a immortalisé le récit de l’accident, qui a touché l’aviateur Henri GUILLAUMET, un des pilotes et aventurier de l’Aéropostale au cours d’une traversée des Andes en hiver. Son avion s’écrase dans une tempête de neige en pleine montagne, seul, sans radio, sans nourriture, à une altitude de 3500 mètres dans un froid glacial. Après 48 heures passées à espérer que la tempête cesse, il décide de marcher pour rejoindre un hypothétique village. C’est sa seule chance de survie, car il sait que dans l’immensité des Andes, personne ne le retrouvera malgré les recherches. Il a marché, pendant 5 jours et 4 nuits, plusieurs dizaines de kilomètres dans la neige, lorsque son ami Antoine le retrouve.

Il en fait le récit suivant :  » c’est alors que tu exprimas, et ce fut ta première phrase intelligible, un admirable orgueil d’homme : « Ce que j’ai fait je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait (…) Dans la neige, me disais-tu, on perd tout instinct de conservation. Aprèsdeux, trois, quatre jours de marche, on ne souhaite plus que le sommeil. Je le souhaitais. Mais je me disais : « Ma femme, si elle croit que je vis, croit que je marche. Les camarades croient que je marche. Ils ont confiance en moi. Et je suis un salaud si je ne marche pas. » « Je pensais à ma femme. Ma police d’assurance lui épargnerait la misère.

 Oui, mais l’assurance … il faut retrouver mon corps, à cinquante mètres devant moi il y a un rocher et j’ai pensé  » Si je me relève, je pourrais peut-être l’atteindre. Et si je cale mon corps contre la pierre, l’été venu on le retrouvera  » Une fois debout, tu marchas deux nuits et trois jours. Mais tu ne pensais guère aller loin.  » Mais vers les derniers jours je perdais la mémoire. J’étais reparti depuis longtemps déjà, lorsque la lumière se faisait en moi : j’avais chaque fois oublié quelque chose. La première fois, ce fut un gant, et c’était grave par ce froid ! Je l’avais posé devant moi et j’étais reparti sans le ramasser. Ce fut ensuite ma montre. Puis mon canif. Puis ma boussole. A chaque arrêt, je m’appauvrissais …

 » Ce qui sauve, c’est de faire un pas. Encore un pas. C’est toujours le même pas que l’on recommence »

Si on lui parlait de son courage… s’il hausse les épaules, c’est par sagesse. Il sait qu’une fois pris dans l’évènement, les hommes ne s’en effraient plus. Seul l’inconnu épouvante les hommes. Mais pour quiconque l’affronte, il n’est déjà plus l’inconnu. Surtout si on l’observe avec cette gravité lucide. Le courage de GUILLAUMET, avant tout, est un effet de sa droiture. Sa grandeur, c’est de se sentir responsable. Responsable de lui, de la mission et des camarades qui espèrent. Il tient dans ses mains leur peine ou leur joie. Responsable de ce qui se bâtit de neuf, là-bas, chez les vivants, à quoi il doit participer. Responsable un peu du destin des hommes, dans la mesure de son travail. Etre homme, c’est précisément être responsable. L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle(Fin du texte d’Antoine de Saint-Exupéry).

Voilà les valeurs que Louis souhaitait nous transmettre : Le courage, la volonté, la droiture, le sens desresponsabilités. Mais aussi l’envie de participer au monde, à sa manière, à son niveau :  être fier de son travail, de sa tâche, de sa mission quels qu’ils soient.

Réussir son travail, sa mission, son objectif, honnêtement,sans tricher, peut constituer dans notre monde actuel et sans exagération, un acte de bravoure et de courage. Il n’est pas de petite mission, de petits objectifs, de petites gens, nous sommes tous importants selon notre implication, nos actes et notre attitude.

La France, notre Nation, devrait avoir une place importante dans nos vies et dans nos cœurs. Mais il y a deux manières d’être Français, ceux qui croient en elle et qui cherchent à la servir et ceux qui croient en eux et qui cherchent à s’en servir. Louis avait choisi la première. En écrivant quelques-uns de ses souvenirs, il a sans doute voulu témoigner de cet engagement.

 Il a peut-être voulu, nous laisser un message, non comme un donneur de leçons (il ne les aimait pas). Chaque fois que nous sommes confrontés aux épreuves de la vie, allons chercher pour les affronter, au plus profond de nous-mêmes, les forces qui sommeillent en nous et ainsi nous dépasser tout simplement.

Mon engagement dans l’armée

Il écrit :

Mon père (dont je porte le nom et le prénom), cet ancien poilu qui avait fait la » Grande Guerre »m’a dit :  » je veux bien donner mon consentement ou autorisation pour ton engagement, mais à l’unique condition que tu ailles dans l’artillerie, mon fils ». Moi je voulais aller dans la Marine, heureusement que j’ai suivi le conseil insistant de mon père.Souffrant du mal de mer, j’aurais fait un bien piètre marin ! Mon désir d’entrer dans l’armée est venu du fait que j’avais un beau-frère au 1er RAC à Libourne. Il y était brigadier et en tenue de fantaisie il m’éblouissait. Sa tenue bleu marine aux bandes rouges sur les côtés extérieurs du pantalon, sa veste qui lui moulait le corps, tout cela en faisait un gars vraiment superbe. A cette époque le soldat français de carrière avait de belles tenues, et sur ce point l’armée française n’avait rien à envier aux autres.

 Je voulais surtout éblouir les filles, c’était de mon âge (Louis a été engagé volontaire pour 4 ans le 26/12/1941, incorporé le 11/12/1941 au 10 ème RAC, il avait 18 ans, c’est pour cela qu’il avait besoin de l’autorisation de son père, la majorité à l’époque était à 21 ans).

J’avais demandé et obtenu une affectation dans l’artillerie motorisée .Lors de mon arrivée à Nîmes, à ma grande surprise et à ma grande déception, je n’ai trouvé que des chevaux. C’était l’artillerie hippomobile !

Pour moi l’armée était une échappatoire à mon milieu social, c’était à mon sens la meilleure solution, la solution inespérée aussi je partais content. Encore aujourd’hui je ne le regrette absolument pas, malgré les épreuves de la guerre. J’ai l’impression d’avoir tout appris dans l’armée.

Mon arrivée à Nîmes a été plutôt décevante, je me suis présenté au poste de garde à l’entrée de la caserne (c’était le matin de bonne heure), les gars au poste dormaient, une odeur de pieds négligés me montait au nez, horrible. Ensuite présentation au Capitaine, parcours d’incorporation, habillage et tout le reste. Nous avons été regroupés dans les chambrées. Je me trouvais bien habillé bien que nous ayons mis les bandes molletières. Nous n’avions pas encore les nouvelles, car nous étions des bleus. J’ai tout de suite sympathisé avec MOREAUX Léon Gustave (né à HUE en 1922). Il avait un an de plus que moi, nous sommes restés inséparables pendant toute la durée de notre séjour à Nîmes, soit 8 mois environ.

Il faut dire que je n’avais aucune instruction générale, ayant été sacré, avec mon frère Fernand, roi de l’école buissonnière. Même lorsque nous étions en classe, notre esprit restait à l’extérieur, dans la nature. Cette nature qui nous captivait était notre seule raison de vivre à cette époque.

J’en reviens à mon engagement. Pour être incorporable, il fallait entre autre épreuve passer une « dictée ». Le jour arrivé, je me suis présenté à un commandant, fort élégant, qui était chargé de me faire faire cette fameuse « dictée ».

 Je n’étais pas fier de mon niveau d’instruction à l’époque et j’étais fortement impressionnable en présence de l’autorité .Je me suis assis en face de lui sur son ordre ; après m’avoir parlé longuement sur plusieurs sujets, il a compris que j’aurais du mal à réussir ma dictée. Aussi avec beaucoup de tact et de complaisance, il a laissé le texte de la dictée bien à ma portée et est sorti fumer une cigarette. Il m’a évité une catastrophe! Je lui en suis encore reconnaissant, car c’est un peu grâce à lui que j’ai pu entrer dans l’armée.

Mon séjour à Nîmes a été sans histoire, le souvenir que j’en ai gardé est que nous avions peu à manger. Une boule de pain pour 12, c’est peu pour des jeunes affamés comme nous. Parfois je mangeais du grain réservéaux chevaux, en faisant attention de ne pas me faire surprendre,sinon gare à la punition !

J’ai été désigné pour servir en A.O.F (Afrique Occidentale Française), débarqué à Dakar au Sénégal. J’y suis resté 1 an, ensuite l’Afrique du Nord, Casablanca. Puis direction le sud, au camp ramram au sud de Marrakech. Depuis notre cantonnement, on apercevait l’Atlas avec ses neiges éternelles alors qu’en bas on crevait de chaleur. Un an après, nous sommes remontés à Casablanca dans un camp au Marif juste en face d’une piste d’aviation de l’armée américaine. C’était des bombardiers. Tous les jours, on avait droit au grand cirque, décollage des forteresses Libérator de tous les gros bombardiers qui allaient visiter l’Allemagne. Les vibrations sonores faisaient sauter nos paquetages, mais nous nous sommes vite habitués au bruit et nous avons fini par bien dormir.

Nous avons été équipés par les Américains : tenue, paquetage, armement et véhicules. Avec les tenues américaines nous avions meilleure allure.

 Quand je pense qu’à l’AOF, on défilait en caleçon ou tenue de drap ! Avec la chaleur cela faisait des dégâts. Avec cette nouvelle tenue, nous avions beaucoup de succès avec les filles.

Les Pieds Noirs à cette époque nous avaient bien acceptés et nous invitaient assez souvent.Avec la population musulmane nous avions d’amicales relations.

Après notre débarquement en FRANCE (je parle du débarquement de Toulon le 15 août 1944), nous avons été les enfants chéris de la population, nous ne mangions plus à la gamelle, car nous étions très souvent invités. Il faut que je signale que lorsque nous étions en « campagne », la discipline était plus douce. A Nîmes elle était dure, surtout lorsqu’on venait de sa campagne où l’on avait fait ce qui nous plaisait.

Il faut reconnaître que lorsque la discipline est appliquée par des hommes ou des chefs de valeur, on la supporte mieux ; On l’apprécie même à la longue,car chacun peut y trouver sa place. En somme c’est une sorte d’ordre moral fondé sur une discipline physique, d’où découle une certaine harmonie, qui se manifeste en tout.

Dans l’artillerie coloniale, j’ai trouvé des chefs de valeur qui nous commandaient avec fermeté mais humanité. Nous nous serions portés volontaires pourles suivre au feu, comme pour leur faire plaisir. J’admirais ces hommes-là. J’avais le sentiment de pouvoir faire un bon combattant à condition d’être commandé par eux. D’ailleurs, ce qui fait la valeur d’une armée c’est celle de leurs chefs.

Quand j’ai rejointles paras, j’ai aussi trouvé de grands chefs comme le général Bigeard commandant le 6ème BPC. Lebataillon, c’était une boutique formidable : officiers, sous-officiers, paras, il savait s’entourer des meilleurs le Bruno ! C’est ce qui a fait la différence au combat. Dans ce bataillon formé à Saint Brieuc, je me sentais bien et fier d’y servir, c’est là aussi que j’ai rencontré mes meilleurs camarades, il y régnait une très bonne ambiance.

Je voudrais avant d’aller plus loin dans les déroulements qui ont marqué ma vie, parler de ma sensibilité qui dans un certain sens a mis fin à ma carrière militaire et qui m’a évité de tomber dans les excès, les bavures comme on dit maintenant. Malgré mon apparence et les épreuves, j’ai gardé une grande sensibilité au fond de moi qui s’est exprimée à bien des moments.

La première manifestation, c’était au début de notre entrée en Allemagne en 1945. J’étais chauffeur d’un tracteur DIAMON lequel tractait un obusier de 155 mm Schneider. Je suis intervenu énergiquemen t(bien que je ne sois pas gradé au sein de mon équipe), car j’ai vu dans le rétroviseur que des gars qui se trouvaient à l’arrière de la remorque frappaient les civils allemands à notre passage à l’aide de gros gourdins. En voyant ces actes qui m’ont révolté, j’ai à ma manière fait cesser cette bavure. Plus jamais en ma présence, ils n’ont recommencé. Les images de ces pauvres civils sauvagement assommés m’ont empêché de dormir pendant longtemps. Les auteurs de cette bavure étaient des résistants « de la dernière heure » qui s’étaient joints à nous à la fin de la campagne de France.

Dans le squarante-huit heures qui ont suivi la fin des combats, j’ai réussi à faire échouer plusieurs tentatives de viols sur de pauvres filles innocentes, des actes commis par les fanatiques qui avaient mené l’Allemagne au chaos.

La deuxième manifestation est celle qui a suivi la mort d’un jeune camarade lors de l’assaut que nous avions donné contre la DCA viêt-minh le 28 mars 1954. Je pense à lui tout le temps et je revois la scène de sa mort qui me hante.

Je pense aussi à mon autre ami BOSSY Jean, nous étions de très bons copains. Nous avons passé de très bons moments ensemble, boîte de nuit et le reste … Mais sa mort à lui est due à un suicide. Il n’a pas eu de chance dans ses relations amoureuses et amicales. Bien des gens ont abusé de sa bonté. C’était un gars courageux sur qui l’on pouvait compter.

Fin de ses mémoires

Le dernier texte est une lettre que Louis a écrite à l’attention du colonel ALLAIRE qui lui avait demandé son témoignage

(Je ne sais pas s’il lui a fait parvenir, mais son contenu est intact)

Mon Colonel

Je vous remercie pour vos compliments, cela m’a fait plaisir. J’ai toujours essayé entre nous d’avoir un climat de confiance et surtout d’exemple, qui est à mon sens fondamental pour la formation morale des enfants, j’espère y avoir réussi.

Mes fils sont beaucoup pris par leur travail, d’ailleurs tous les quatre ils sont toujours en concurrence, ce qui implique un travail constant, aussi quand ils viennent, je ne leur demande rien.

Je pense réussir à taper ces quelques feuillets à la machine, ne regardez pas trop les fautes de syntaxe et d’orthographe, avec mes frères nous étions les rois de l’école buissonnière.

Comme vous pourrez le voir et le lire, j’avais noté ces souvenirs qui pourraient fuir ma mémoire. J’avais tellement été sonné le dernier coup dans le blockhaus sur Eliane III, que j’ai eu des problèmes de comportement, de perte de mémoire, jusqu’à ce jour. Pendant une vingtaine d’années, j’ai été incapable de me concentrer, ce qui a porté un préjudice au déroulement de ma carrière. J’ai cessé de fumer et je n’ai plus été capable de boire une goutte d’alcool pendant cinq ans. Maintenant ça va, mais il faut comme nous tous, faire attention.

Ces quelques feuillets sont le récit des faits que j’ai vécu et dont je me souviens, malheureusement je les ai notés30 ans après, quand j’ai compris que je pouvais tout oublier, j’en ai oublié mais l’essentiel est là, du moins je pense.

Je crois que le général Giap nous a fait payer cher la mort de sa femme en prison par l’Amiral Decoux.

Mon colonel, je vous souhaite bonne réception de ces feuillets et vous prie de croire, mon Colonel, à mes respectueux sentiments de la part d’un ancien para du 6ème BPC

Signé LOUIS MERLET

Des précisions sur son parcours militaire comme parachutiste TDM

Numéro de brevet : 21478 en date du 4 décembre 1948, total 56 sauts dont 3 sauts d’opérations (dont deux pour DBP le premier le 20 11 1953 pour l’opération Castor et le deuxième le 16 03 1954 en renfort), le premier saut de Louis a été fait le 24 février 1948 à bord d’un Junker 52 (DZ de Saint Brieuc), le 56ème et dernier le 14 janvier 1956 à Mont de Marsan à bord d’un Dakota; Le deuxième saut sur D.B.P s’est fait à une hauteur de 150 mètres sans ventral.

Voici un résumé bref du périple de Louis dans l’armée durant 16 années de campagne et d’opérations. Louis a récolté 7 titres de guerre dont une blessure, croix de guerre des TOE, croix de la valeur militaire, croix du combattant volontaire, blessé, prisonnier du viêt-minh, 4 citations, cité à l’ordre de la brigade 15 03 1953, cité à l’ordre de la division 31 01 1954, cité à l’ordre de l’armée 15 12 1954, cité à l’ordre de la brigade Algérie, titulaire de la médaille militaire pour faits exceptionnels de guerre (décret du 16 07 1955), chevalier puis officier de la légion d’honneur à titre exceptionnel.

J’espère que la lecture de ces quelques lignes vous a fait découvrir une partie de cette époque et de cette vie aventureuse et tourmentée que Louis avait choisi de vivre. Les épreuves qu’il a subies l’ont marqué à jamais ;Mais à aucun moment il n’a regretté son engagement et cette vie-là, mise à part la douleur de la perte de ses camarades tombés là-bas, à 12000 km de la France. Son esprit est tourné vers ce pays, « l’Indochine » et vers cette cuvette appelée »Diên Biên Phu ».

Cette bataille a fait, depuis l’opération « Castor » du 20 novembre 1953, entre 1700 et 1900 morts chez les combattants de l’Union Française en comptant les disparus non prisonniers. Elle a duré 170 jours. Les survivants de ces combats ont peut-être pensé, quand les combats ont cessé le 7 mai 1954, qu’ils avaient fait le plus dur. Hélas ! Il n’en était rien. Une longue et douloureuse agonie des corps et des âmes commençait, l’épreuve la plus dure les attendait ; le travail des « Can bos » (commissaire politique du vietminh), véritables maîtres des goulags jaunes, pouvait commencer. Leurs objectifs étaient l’anéantissement des corps et des esprits et la mort programmée pour le plus grand nombrepossible de prisonniers. Les chiffres suivants en sont la preuve terrifiante et incontestable ; Sur les 11 721 prisonniers de Dien Bien Phu seuls 3290 seront libérés après quatre mois d’une captivité inhumaine (soit un taux de mortalité de plus de70 %) ; un prisonnier sur trois est revenu de cet enfer pour rentrer en France dans l’indifférence ou sous les sifflets et cris de haine des communistes français qui les attendaient à la descente du bateau. Sur les 36 979 prisonniers du corps expéditionnaire pendant la guerre d’Indochine, le viêt-minh en rendra 10 754, près de 71 % sont donc morts en captivité.

Malgré tant de morts, tant de blessés, tant de prisonniers qui ne sont jamais rentrés des camps de la mort viêt-minh, cette bataille de Dien Bien Phu n’est pas seulement une bataille perdue pour la France et un terrible revers pour notre armée.

C’est aussi la formidable démonstration de ce que peut être, dans les pires conditions, le courage, la camaraderie, la ténacité et la foi. Cette bataille a révélé la qualité morale de ces combattants qui se sont sacrifiés.

Cette bataille a été la bataille des capitaines, des lieutenants qui ont tenu à bout de bras des compagnies ou des sections le plus souvent saignées à blanc.

Cette bataille a été la bataille de ces magnifiques sous-officiers qui ont payé un très lourd tribut, souvent isolés, ils ont tenu jusqu’aux derniers instants avec leurs hommes, jusqu’aux dernières munitions, sans espoir de relève ou de renfort.

Et puis ces légionnaires, ces parachutistes, ces artilleurs, tous ces sans-grades, ces sans-noms qui dans l’anonymat ont combattu souvent au corps à corps (le combat le plus terrible sans doute). Ils ont combattu avec courage et abnégation, ne cédant pas un pouce de terrain, isolés, souvent sans ordres. La plupart ont été tués ou blessés. Ils ont souvent agonisé seuls dans la boue des tranchées.

Ils avaient tous compris que leurs efforts seraient vains, mais ils ont continué la lutte jusqu’au bout pour la France, pour leurs chefs, pour les camarades, pour les copains, par foi, par sacrifice, pour faire un pas, encore un pas ….La vie plutôt que le courage les a quittés.

 Jamais sans doute, ces soldats de France perdus dans cette cuvette, ne furent si grands qu’en ces jours terribles. Ils sont pour nous, notre honneur et notre fierté.La France notre Nation, ne doit pas les oublier et doit honorer leur mémoire.

Voici la citation que mon père aimait du Général de Gaulle (que celui-ci écrivit pour les parachutistes SAS à la fin de la guerre en 1945) et qui me semble faite aussi pour les paras de DBP.

 » … voilà ce qu’ils ont fait, jouant toujours le tout pour le tout, entièrement livrés à eux-mêmes, au milieu des lignes ennemies.

Voilà où ils perdirent leurs morts et récoltèrent leur gloire. ….

Maintenant, ils peuvent regarder le ciel sans pâlir et la terre sans rougir. »

Et je souhaite lui dédier les dernières lignes du livre  » TERRE DES HOMMES » de Antoine DE SAINT-EXUPERY dont il avait apprécié la lecture et qui correspond à mon attachement pour mon père.

« Dans un monde devenu désert, nous avions soif de retrouver des camarades : le goût du pain rompu entre camarades nous a fait accepter les valeurs de guerre…

Pourquoi nous haïr ? Nous sommes solidaires, emportés par la même planète, équipage d’un même navire.

Puisqu’il suffit, pour nous délivrer, de nous aider à prendre conscience d’un but qui nous relie les uns aux autres, autant le chercher là où il nous unit tous...

Et ainsi jusqu’au simple berger. Car celui-là qui veille modestement quelques moutons sous les étoiles, s’il prend conscience de son rôle, se découvre plus qu’un serviteur. Il est une sentinelle. Et chaque sentinelle est responsable de l’Empire.

Notes de Louis :  » Alors à toutes les sentinelles qui gardent aujourd’hui l’Empire et à celles de demain, je vous salue. Je ne connaîtrais jamais vos visages et déjà je vous reconnais comme mes frères, vous êtes notre espoir.

« Quand nous prendrons conscience de notre rôle, même le plus effacé, alors seulement nous serons heureux. Alors seulement nous pourrons vivre en paix et mourir en paix, car ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort.

Elle est si douce quand elle est dans l’ordre des choses, quand le vieux paysan de Provence, au terme de son règne, remet en dépôt à ses fils son lot de chèvres et d’oliviers, afin qu’ils transmettent, à leur tour, aux fils de leurs fils.

On ne meurt qu’à demi dans une lignée paysanne. Chaque existence craque à son tour comme une cosse et livre ses graines.

 » Seul l’Esprit, s’il souffle sur la glaise, peut créer l’Homme ».

ET PAR SAINT MICHEL VIVE LES PARAS !

ET AU NOM DE DIEU VIVE LA COLONIALE !

A mes trois fils, Erwan, Sylvain, Maxime (tous les trois Marsouins et Paras dans l’âme)

Bruyères le Châtel18 juin 2014

REMERCIEMENTS

Je tiens à exprimer toute ma gratitude à toutes celles et ceux qui m’ont aidé et encouragé à écrire ce récit et en particulier :

Le Général Michel MIGNAUX qui m’a fait l’honneur d’accepter de préfacer  » notes et témoignage » de mon père Louis.

Mes frères Pascal et Frédéric et ma nièce Emmanuelle qui ont bien voulu procéder à la relecture et à la correction du texte que vous venez de lire.

Bruyères le Châtel mars 2016

Sans titre
Défilé 26ème CIP Hanoï, la
croix signale le sergent Merlet Louis

Photo prise dans la jungle du Laos février 54 Bergamasco au premier plan, au fond Louis, Lemoine (avec les lunettes), Menage et de profil Rilhac
Photo prise dans la jungle du Laos février 54 Bergamasco au premier plan,
au fond Louis, Lemoine (avec les lunettes), Menage et de profil Rilhac

Photo prise au Laos en février 1954 après la bataille de Seno, dans quelques jours, ils sauteront une deuxième fois sur la cuvette de DBP.
Photo prise au Laos en février 1954 après la bataille de Seno, dans quelques
jours, ils sauteront une deuxième fois sur la cuvette de DBP.
Sur cette photo de gauche à droite, SCH Louis Merlet, SCH Hubert Lemoine,
Caporal-chef Brendino Bergamasque (il sera tué le 06 mai 1954 sur ElianeIII
Photo prise à Saint Brieuc en 1952, juste avant le départ du 6ème BPC en Indochine, la 26ème CIP, Louis est au premier rang et le deuxième en partant de gauche à droite.
Photo prise à Saint Brieuc en 1952, juste avant le départ du 6ème BPC en
Indochine, la 26ème CIP, Louis est au premier rang et le deuxième en
partant de gauche à droite

Louis au Laons Février 1954
Louis au Laos février 1954

Expérience danss univers communiste

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Remise de la légion d'Honneur de Louis à Pau, son parrain de promotion est le commandant Cabiro dit le père Cab une légende à la légion étrangère il est derrière Louis.
Remise de la légion d’Honneur de Louis à Pau, son parrain de promotion est
le commandant Cabiro dit le  » père Cab « , une légende à la légion étrangère
il est derrière Louis.
sept 1986

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Les médailles de Louis, les plus belles, cette barette a été portée lors de la
cérémonie en novembre 2004 par lui et pour la remise des képis de son
petit-fils Erwann alors marsouin au 3ème RIMA.
Ce fût sa dernière sortie en dehors de sa maison en Gironde.

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De gauche à droite médaille d’officier de la légion d’honneur, médaille
militaire pour faits d’arme exeptionnels, croix de guerre des TOE avec palme
étoile d’argent et étoile de bronze.

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sortant camp

Photo prise fin septembre 1954 à sa sortie de l’hôpital d’Haiphong, après
trois semaines de convalescence, il ne pèse plus que 56 kilos. L ‘enfer des
camps viêt-minh se lit sur son visage et dans son regard.

télégramme 1
allocution 1

allocution 2

allocution 3

Documents Annexes

Notes Manuscrites

Première page du manuscrit de Loulou

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Deuxième page du manuscrit de Loulou

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Carte de la Bataille de Dien Bien Phu

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CARTE DBP AVEC PA DETAILLE
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Le 25/07/2009 à 11H00 Louis quitte à 86 ans la piste
de la vie et rejoint ses chers disparus et le paradis
des Paras où tous ses copains l’attendent.

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La prière des Paras :

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Le magnifique texte lu (et écrit)par sa petite-fille Emmanuelle lors de son inhumation.

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L’esprit de Louis.

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Photo prise en 1945 en Allemagne, il a 22 ans, page
suivante la citation que Louis aimait beaucoup.

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Réactions à la lecture des mémoires de Louis

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Témoignage écrit de l’amitié entre Louis et Maurice Rilhac

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Le courrier de Maurice à l’annonce du décès de Louis

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Louis est cité 4 fois dans le récit de Maurice sur son extraordinaire évasion écrit en Novembre 2008.

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Photo de Louis et de ses amis du 6ème BPC lors d’une cérémonie de commémoration de la bataille de DBP à l’ETAP.

De gauche à droite : Primakoff; Rilhac; Louis; Lemoine; X; Dalais

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Une des raisons de mon travail de
mémoire le courrier envoyé à Louis par le colonel Allaire

et ma réponse 20 ans après

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Télégramme reçu par son épouse pour l’avertir que Louis a été fait prisonnier et les premiers messages de Louis à sa libération et une lettre émouvante écrite par le père de Louis à Ginette alors qu’il était en Algérie.

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PHOTO ALGERIE

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SA CARTE DE PRISONNIER LIBERE

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SA FICHE SANITAIRE

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Quelques Photos

Période 1941 – 1945 en Allemagne

10ème DIC / 10ème RAC

Batterie 155mm Schneider

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Période premier séjour en Indochine

5ème BCCP06/1948 – 08/1950

Convoi Col des Nuages

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Période premier séjour en Indochine

5ème BCCP06/1948 – 08/1950

Base arrière

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Période deuxième séjour en Indochine

6ème BPC 07/1952 – 10/1954

26ème CIP : 1ère photo Défilé Hanoï, 2ème photo Bataille de Seno

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Période séjour en Algérie

45ème BIC, 03/1956 – 04/1959

Région d’INKECHEREN, Djebel AISSA MIMOUN, Grande Kabylie. Louis et sa section sur leur piton.

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Photo de Classe de Louis

1934 peut-être

Ecole de Saint Germain Du Puch en Gironde

Louis Merlet : Dernier rang, premier en partant de la gauche.

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La Relève – Fabrice Aspirant

Mes parrains : Loulou & Erwan Bergot – 09/1982

Sortie EOR – Saint-Cyr, Coëtquidan

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« À mon père, ce héros au sourire si doux. Nous sommes en septembre 1982 à Coëtquidan à l’ESM. Une immense joie car il est à mes côtés avec l’écrivain Erwan Bergot. Une fierté indicible m’envahit il vient de m’appeler mon lieutenant et de me dire qu’il était fier de moi, ces mots résonnent encore en moi après tant d’années, j’en suis encore très ému. Je crois que ce jour-là je suis devenu un homme grâce à lui. »

La Relève – Erwan, Maxime & Sylvain

Carcassonne, 3ème RPIMA – 06/2013

Les trois Marsouins, de gauche à droite : Sylvain, Erwan (3ème RIMA) et Maxime.

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A l’occasion du 66 ème anniversaire de la Bataille de DBP, je choisis cette année d’apporter des précisions sur ses combats pour lesquels il a obtenu une citation à l’ordre de l’armée avec attribution de la croix guerre des TOE avec palme : » se distingue particulièrement le 24 et 25 mars 1954 au cours de violents combats. Stoppant plusieurs assauts ennemis. Dans nos nombreuses discussions sur ses souvenirs, je me souviens qu’il précisait : le 25 mars c’était sur Huguette 6 (voir le plan joint) et le 26 mars c’était sur Huguette 7. Les assauts répétés des viets se faisaient en plaine appuyé par leur artillerie et leurs mitrailleuses, il avait disposé son groupe de mitrailleuses qui prenaient par des tirs croisés les assauts, il a tiré avec une de ses pièces après que ses serveurs ont été tués ou blessés. Il m’expliqua qu’après avoir repoussé plusieurs assauts et fait des ravages avec ses armes automatiques, il avait constaté beaucoup de pertes chez les viets.

 Il s’est aperçu aussi qu’à la fin des combats la diguette ( qui sépare les rizières entre elles) derrière laquelle il avait positionné sa pièce de 7/62, avait baissé de plusieurs centimètres de niveau par les nombreux impacts des balles du feu viets qui s’était concentré sur les positions de ses mitrailleuses, avec ses hommes de son groupe et de sa section et surtout le fameux Pagasse ( qui a été tué 2 jours plus tard ) ils en avaient beaucoup plaisanté, tous avaient invoqué la Baraka, lorsqu’ils se sont aperçu que Loulou saignait du front, en passant la main, il s’aperçut qu’une balle avait frôlé son front et avait fait une légère entaille, pendant le combat il ne s’était rendu compte de rien . Le fameux Pagasse hilare lui avait dit  » ce n’est pas passé loin Loulou, t’as vraiment une chance de cocu (pardon maman) … il a dû leur payer un coup de pernod sur sa réserve personnelle.

_ Dans la nuit du 30 au 31 mars 1954 est d’un précieux appui pour un PA fortement menacé continu son tir malgré un violent et meurtrier tir d’artillerie. Il s’agit d’Eliane 2 qui a failli tomber cette nuit-là. Dans son souvenir, il était sur la position Eliane 4 dans un poste de tir et il prenait le côté droit des fameux Champs Elysée par ses tirs à une distance d’environ 500 mètres. La préparation d’artillerie des viets commence à 17h00, jamais, selon les combattants, d’une telle violence. L’assaut commence à 18h45, l’ennemi gagne du terrain assez rapidement sauf sur Eliane 2, les légionnaires et les marocains plient mais ne lâchent pas. A minuit seulement la division 316 prend pied sur les champs Elysée au pied d’Eliane 2, elle ne peut arriver au sommet de la colline. Au matin le 1er BEP et une compagnie du 8ème Choc reprennent les Champs Elysée.

Depuis 18h45 et toute la nuit Louis et ses mitrailleuses vont tirer sur les vagues d’assaut viets des milliers de balles causant des ravages dans les rangs des assaillants. Les viets ne vont pas tarder à réagir et ils vont concentrer une partie des obus sur la position de son blockhaus occupée par le groupe de Louis. Il s’en sortira encore une fois et remerciera la Baraka. Le lieutenant Lepage (commandant de la 1ère compagnie) pour ses faits entre autres lui fera attribué la médaille militaire pour faits de guerre. Louis me dira en commentaire de cette nuit : « au matin j’ai dû déblayer la tranchée à la pelle pour évacuer les douilles de toutes les balles tirées, j’ai changé 2 fois le canon de ma mitrailleuse ils étaient fendus par la chaleur, j’ai renforcé le toit de mon abri qui avait souffert et la portion de tranchées où nous étions. Le tir d’artillerie a été terrible cette nuit-là sur notre position.

la carte de DBP avec les positions de Louis

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Repère 1, positions de combat de Louis correspondant à la citation à l’ordre de l’armée, journée du 24 et 25 mars, il stoppe plusieurs assauts ennemis (zone de rizières).

Repère 2 (Eliane 4 position de Louis avec son groupe mitrailleuses) et

repère 3 (Eliane 2 attaqué du 30 mars 17h00 au 31 mars 8h00 par les viets de la division 316)

Repère 4 P.A Eliane 3 où Louis est capturé dans la nuit du 6 au 7 mai son blockhaus était au pied de la colline Eliane 2

Mai 2017 nos fils nous offrent un séjour au Vietnam et 3 jours sur le site de la bataille de Dien Bien Phu où je vais marcher sur les traces de mon père et de ses camarades. Je vais aussi tenir la promesse que je lui avaisfaite et rendre hommage à ses amis et frères d’armes tombés pendant cette bataille ou pendant leur captivité. Ce fût un voyage intense dans le temps et chargé d’émotions, de joie, de tristesse e tde compassion. J’avais été bercé par les récits de mon père, rencontré plusieurs des survivants lorsque j’accompagnais Loulou aux cérémonies de cette bataille, lu beaucoup de livres sur le sujet dont ceux d’Erwan Bergot que j’ai eu l’honneur de rencontrer et qui sera mon parrain de promotion en 1982, un rêve réalisé, honorer tous ces combattants devant la stèle dédiée à leurs mémoires.

 J’ai pu ramener de la terre (rouge) des collines Dominique 2 et Eliane 2, il y a un peu de leurs âmes dans cette terre. J’ai foulé le sol de cette terrible bataille et probablement le sol que mon père avait foulé, il y a 67 ans.Je peux visualiser sur le terrain les récits des combats qu’il a décrit dans ses mémoires et rendre un hommage à tous nos soldats qui ont combattu jusqu’au bout avec bravoure, abnégation et sans esprit de recul, pour la France, pour l’honneur, pour les copains. Chez eux, il n’y a pas de héros, il y a des soldats qui combattent et meurent pour la France, pour leurs camarades, par devoir, pour faire encore un pas, ils sont uniques, anonymes. Ils éclairent notre histoire et notre mémoire, nous sommes comme eux des sentinelles qui gardons l ‘Empire … L’oubli est une seconde mort pour ces hommes.

Les valeurs comme l’honneur, la fraternité, le courage, la droiture, l’abnégation, l’amitié ont presque disparu dans le monde d’aujourd’hui. A travers son texte, il nous les laisse en présent, en héritage. Pour moi elles sont le socle de mes convictions et c’est un magnifique patrimoine que mon père a laissé à sa famille et aux générations futures.

Malgré la défaite, jamais sans doute, ces soldats de France perdus dans cette cuvette, ne furent si grand qu’en ces jours terribles. Ils sont pour nous, notre honneur et notre fierté.

La photo de la stèle du souvenir et c’est le moment le plus émouvant de mon voyage, cette stèle qui symbolise l’héroïsme des combattants de l’union Française et qui est le seul endroit de cette bataille où nous pouvons nous recueillir à la mémoire des soldats tués à DBP et pendant leur captivité. J’ai ressenti une intense atmosphère étrange presque sacrée, j’avais l’impression de ressentir la présence de leurs âmes errantes car pas un seul de nos soldats tombés n’a de sépulture. J’ai pu à haute voix saluer la mémoire de ses amis, Bob Martin, Brendino Bergamasco, Jacky Duvigneau et tous les autres. Ce lieu m’a impressionné si profondément que je n’ai pu le quitter sans en ressentir un grand arrachement et une profonde émotion, je n’arrivais plus à parler. D’un seul coup tous les récits de mon père sur cette bataille me sont apparus clair et limpide.

Il était là avec moi j’ai ressenti sa présence, son esprit, il était avec ses camarades heureux de se retrouver, ils ont tellement de chose à se raconter, pendant ces quelques minutes, je n’étais plus orphelin.

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Gilbert MASSE parrain de la 334e Promotion de l’ENSOA

Major GILBERT MASSÉ
Parrain de la 334e
promotion
de l’École nationale des sous-officiers d’active
4e
bataillon
du 29 avril 2019 au 6 septembre 2019

9 septembre 1928 – 30 avril 2002
Le major Gilbert Massé était titulaire des décorations suivantes :
Médaille militaire
Officier de l’ordre national du Mérite
Croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieurs avec 1 palme
Croix du combattant volontaire avec agrafe «Indochine»
Croix du combattant
Médaille d’Outre-Mer avec agrafe «Extrême-Orient»
Médaille d’honneur du service de santé des armées
Médaille commémorative de la campagne d’Indochine
Médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l’ordre en Afrique du Nord

Major GILBERT MASSÉ
Gilbert Massé naît le 9 septembre 1928 à Ceintrey dans le département de Meurthe-et-Moselle.
À 20 ans, il s’engage au sein du service de santé au 4e régiment de Zouaves en Tunisie et se passionne pour les relations et le soutien aux patients au sein de l’hôpital de Bizerte. Ses chefs décelant en lui un réel potentiel, ils le détachent en août 1948 au centre d’instruction du service de santé à Wildbad en
Allemagne où il reçoit une formation d’infirmier.
Sa formation terminée, il rejoint son corps en Tunisie et est promu au grade de sergent en janvier 1949.
C’est dans ce contexte qu’il se porte volontaire pour servir en Extrême-Orient. Dès août 1949, il débarque à Saigon avant de rejoindre Haiphong ou il participe à la création de l’hôpital de campagne 910. Le sergent Massé assiste alors les médecins dans le triage et le suivi des blessés des combats de la RC4, contribuant activement au rétablissement physique et psychique des soldats qui rejoignent rapidement leurs unités.
De retour en métropole fin 1952, il décide de se porter à nouveau volontaire pour retourner en Indochine, théâtre qu’il retrouve dès janvier 1953.

En novembre de cette année-là, la France déclenche l’opération Castor dans la cuvette de Diên Biên Phu qui devient le théâtre d’une violente bataille entre le corps expéditionnaire français sous le commandement du colonel de Castries, et les troupes vietminh commandées par le général Giap. Parachutistes métropolitains, coloniaux et légionnaires affrontent dans un combat inégal un ennemi
toujours plus nombreux malgré des lourdes pertes.
Affecté à la section d’infirmiers coloniaux et breveté parachutiste le 17 mars 1954, le sergent-chef Massé saute sur Diên Biên Phu au sein de l’antenne chirurgicale n° 6 afin de porter secours à ses frères d’armes durement éprouvés. Installé sur l’autre rive de la «Nam Youm» à proximité du point d’appui Éliane, son antenne permet à l’hôpital de Diên Biên Phu de disposer désormais de trois équipes de chirurgiens pour opérer les blessés 24 heures sur 24 dans un dispositif des plus sommaires. Gilbert s’affaire avec courage et porte secours jour et nuit aux innombrables blessés. Il brancarde sous le feu ennemi, effectue le tri des hommes meurtris et assiste son médecin sur la table d’opération dans la boue et sous la pluie qui envahit progressivement le bloc opératoire.
Depuis le 27 mars, la piste d’aviation est devenue inutilisable du fait des tirs d’artillerie ennemie rendant impossible toute évacuation de blessés.

Le dispositif français tient encore, mais l’incessant déluge d’acier
vietminh affecte durement les troupes malgré les largages de colis médicaux. Le sang et les médicaments s’amenuisent alors que les blessés augmentent. L’antenne chirurgicale, elle aussi, est régulièrement prise sous le feu malgré ses signes distinctifs. Le 7 avril, l’antenne chirurgicale est incendiée suite à un tir d’artillerie
mais le sergent-chef Massé parvient à évacuer de nombreux blessés et à sauver une partie du matériel médical devenu rare.
Pour ces faits, il est cité à l’ordre de l’armée avec attribution de la Croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieurs.
Méthodiquement, le vietminh supérieur en nombre prend un à un les points d’appuis Béatrice, Gabrielle, Isabelle, Dominique et Éliane malgré les différentes tentatives de contre-attaques héroïques et parfois réussies.
Les messages de demande de soutien se font de plus en plus rares jusqu’au fatidique silence radio. Le 7 mai 1954, la garnison de Diên Biên Phu tombe et le sergent-chef Massé est fait prisonnier.
Après une longue marche il est emprisonné au camp 42. Les conditions de vie particulièrement précaires contribuent au développement de la famine et des maladies chez les prisonniers. Le 20 août 1954, le sergentchef Massé est libéré ainsi que ses 3290 camarades ayant survécu, soit seulement 28 % des prisonniers de
Diên Biên Phu. Après des soins, Gilbert retrouve la métropole le 14 octobre.
Promu sergent-major le 1er janvier 1956, il est affecté à la 8e section d’infirmier militaire à Lyon-Caluire.
Il est promu adjudant en juillet 1959. De 1960 à 1962, il poursuit son destin militaire en Algérie au sein de la 411e compagnie médicale où il se voit décerner la Médaille militaire après seulement 14 ans de service.
Promu adjudant-chef en 1964, il rejoint l’hôpital de Bühl jusqu’en 1975. Il sert en qualité d’instructeur au sein de l’École des sous-officiers du service de santé près d’Orléans de 1977 à 1980. Il y est promu au grade de major le 1er août 1978.
Placé en position de retraite le 10 septembre 1983, il devient vice-président départemental (Lorraine) de l’association nationale des prisonniers d’Indochine. Fait Chevalier de l’Ordre national du Mérite en 1975, il y est élevé au rang d’officier en 1983.
S’étant éteint le 30 avril 2002, le major Massé a toujours été fidèle à sa mission de soigner ses frères d’armes au combat et en captivité. Homme au destin exceptionnel et riche de cette expérience unique, il s’est également attaché à transmettre cette vocation aux nouvelles générations

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Son Etat des Services

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Quelques Photos

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Quelques Souvenirs

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Cai bat ou bol du prisonnier.... Personne ne sait s’il s’agissait réellement celui de Gilbert où s’il l’avait simplement trouvé et rapporté en « souvenir » de la captivité.

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Où l’on voit bien la limite jusqu’où la ration de riz était distribuée

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Les Postes Tenus par la 3e LMGR en Indochine

Ces images sont extraites des Bulletins de liaison et d’information de la 3eme LMGR

Images de la collection du Garde Marcel ROUBY

Caporal Chef, Jean PETIT, responsable des mules Tue au poste de Dong Ben 6 novembre 1949
Poste Doxy avec sa forteresse tenu par des Gardes mobiles
Construction du poste d Hoa-Binh 1948/1949
Construction du poste d Hoa-Binh 1948/1949
Détente pendant la construction est du poste d’ Hoa-Binh
Accueil d’une personnalité lors de la construction d’un poste en bordure de la rivière noire
Poste en bordure de la rivière noire à proximité d’Hoa-Binh
Poste de Tu Vu 1948 près de la rivière noire
Construction du poste de Vu Ban
Vue d ensemble du poste de Vu Ban
Poste de Cho Bo sur la rivière Noire Marcel 2eme en partant de la droite
Le 29 aout 1949 au matin, la radio ne répondant plus, je reçois l’ordre de partir avec ma section au secours du poste de Xom May situe en brousse a 20 km d’Hoa-Binh Il a été enlevé au cour de la nuit par les Viets C’est une vision d’horreur que nous découvrons Cela me marquera a vie Je ne pourrai lamais oublier mes meilleurs camarades et leurs corps mutiles et j’en garderai des séquelles psychiques toute ma vie
Le Garde Boisnard, a l’entrée du poste de Xom-May A noter qu’il ne comportait pas d’autre ouverture L’entrée a 5 mètres du sol était barricadée, et l’échelle retirée la nuit Il ne fallait pas être claustrophobe

Postes occupés par la 3eme LMGR pendant la guerre d’Indochine

Cette longue liste est réalisée  par relevés à partir des bulletins de liaison de la 3em LMGR

C’est un travail assez compliqué, vous voudrez bien pardonner quelques doublons

(T) = Tonkin     (A) = Annam

Cette longue liste est réalisée  par relevés à partir des bulletins de liaison de la 3em LMGR

C’est un travail assez compliqué, vous voudrez bien pardonner quelques doublons

(T) = Tonkin     (A) = Annam

N°1 ]    A Lu  (T)  –  Phu Taï  (T)  – Tinh Xuyen  (T)  – Dung Vi  (T)  – My Lam   (T)

Hoi Trung (T)  – Vu Ban (T)  – Trang Bach (T)  –

Poste du Décanteur (T – avec une tour et un blockaus)

Dong Mong Thong  – Su Lo Thuong –  Muong Biec  –  Huong Can  – My Vong  –

Lang Bang  –   Dong Ben  – Muong Bo  –  Na Ka  –  Co  Bo  – Long Chien –

N°2 ]   Mong Rieq  – Hoa Binh (T)  –  Hun Cung  – Thuy Lien Ha (A)   – Ninh Binh  (T)

Piton 60  (T)  – Su Yut (T)  – Thuan Ly (A)  – Thuan Ho (A)  – Gia Do (A)  – Dai Mo (T)

Lang Ngam  –  Son Qua (A)  – My Chan (A)  – Dai Dai (T)  –  De Cau (T)  –

Bao Dan (A)  – Hoi Trug (T)  –  Do Nghia  – An Tho  – Tan Haï  – Ha Xa  – Man MY Can

THo My   –  Trieu Noi  –  Wing Giang  – Phu Tai  – Cuc Bo  – Trong Bach

N°3 ]   Phan Tong  (près du canal des bambous) – Uong Bi   – Dong Ben  –

Tran Kinh (T)  – Giap Khi (T)  – Truc Chinh  – La Tien – Hoanh Bo  – Co Le –

Trien Noi   –  Dai De   –  Ninh My  — Ninh Cuong   – Phu Khe  –  Tao Nao  –  Bat Nao  –

Tranh Mien  – Chy Khe  – Hoa Loan  –  Tho Truong  – Van dan  –  Gia COC  – Tao Nha

–  My Trach  – Hoang Bo  –  Ninh Chu  – Ngo  Khe  – Can Ho  –  Bat Nao  –

N°4 ]    Lac Quan (T)  – Bui Xa  – Ke Sat  –  Hoa Loan  –  Thinh Duc Ha  (T)   – Tia  –

Hai Lo  – Hac Chau  –  Xuan Tri (T)  – Hoanh Bo (T)  – Van Dan (T)  –   Ngo Dong (T)

Hoac Mac (T)  – Cua Ga  –  Lang Ban (T)  – Lo Son  –

Phuong Naï (T à coté de Phat Diem)  – Dong Phu  (T à coté de Phat Diem) –

N°5 ]   Trang Kenh  – Bong Laï  –  Dan Phuong  –  Phuong Haï  – Haï Lo  –

Kin Son  – Hac Chau  – Hac Cham  – Trung Ban  – Dong Bien  – Hoi Trung  –

Than Thian (A)   –  Than Mien  – Trang Bach  – Cat Hay – Tho Trung – Bat Nao –

Gia coc  –   Trien Noi  –

N°6 ]   Phuc Xa  – Trung Ban  – Quynh Bien  –  Vi Khe  – Dao Tu  – Cap Tu Trai  –

Kim Son  – Dong Quan  – Yen So  –  Dong Dang  – Vat Cach Ha  – Dan Phuong  –

Da Trang  – Binh Hai  – Dong Bien  –

N° 7 ]    Dan Quan  –  Yen Lap  –  Duc Linh  –  Kim So  – Hai Lo  –  An Cu  –

P. A. 114  – Dao Tu  – Vien Chu

N° 8 ]   Co Lien  –  (Tous les autres sont déjà dans cette liste)

N° 9  ]  Kinh Ha  – Do Xa  – Nam An  – Tay Am  – Thui Loc  – Hoï An  – Cho Troi  –

Dong Bien  – La Cao  – Trai Kenh  – Chi Linh  –  Thai Binh

N° 10 ]   Nam Cham  – Duong Dong  – Nghia Lo   – Binh Lang  – My Lam  –

Phy Ly  –  Le Xa  – Piton Phuong Tri  – Lauyen  –  Kinh Chu  –  Tay Am

N° 11 ]   Muong Phing (Laos)  – Dao Tu  – Muong Saï ( Laos)  – Nui Thon  – Mao Khé

– Trung Ma  – P. A. côte 23  – Dong Du  – Uong Bi  –  P. A. Bien Nghi  – Thien Khe

Quy Khe  – Dao To  – Chi Ngai  – Hun Loc  –  Tran Trai  –  Dong Do  – Bien Nghi  –

Khoi Lac  –

N°12 ]    Phong Lam  – Pont de Papier  – Co Dong  – P.K. 100  – Quy Khe  –  P.A. 8D

Don Vu  –  My Do  –  Chi Dien  – Tuong Ha  –  Lai Khe  – Quat Lam  –  Duoc Son  –

Dinh Cau  – Nui Thom  – P.A. Song Sinh  – Nien Thon  – Ding Khe  – P.A. 1  –

Thuong Ly  –  Linh Khe  – Camp Chinaimo  (Laos)  – Gioi Phuc  – Camps Erulin  –

An Hiep  – Tom Can Cuong  – An Nghiep.

 

Michel SARRAZIN

Son parcours militaire

  • Né le 28 Octobre 1792 à L’Enclus  hameau de Saint Etienne en Dévoluy
  • 1m62 ……1m65  suivant l’année et le Régiment
  • Visage ovale – Front couvert – Yeux gris – nez gros – bouche grande  menton rond – cheveux et sourcils noirs – il a une cicatrice sur le nez.
  • Cultivateur – Conscrit de 1812 – arrive au 53e Régiment d’Infanterie de Ligne le 23 mars 1812.

Campagne de Russie   comme Fusilier

  • 24 Juin début e la Campagne de Russie
  • 28 Juillet …………………….Bataille de Vitebsk
  • 7 Septembre ………………… Bataille de la Moscova ou Borodino
  • 15 Septembre Incendie de Moscou
  • 18 Octobre ……………………  Bataille de Winkovo ou Taroutino (Ordre de retraite)
  • Entre le 19 et le 24 Octobre…………. Bataille de Malo-Jarolawetz
  • 15 Novembre…17 Novembre……………..Bataille de Krasnoï.

Du 53 RIL il passe au 6e RIL le 20 Novembre

  • Du 26 au 29 Novembre …….. Bataille de la Bérézina

Puis c’est le retour vers l’Allemagne. Il entre à l’Hôpital de Berlin le 28 février 1813. C’est qu’il est fait prisonnier par les cosaques, le 4 mars 1813.

Nous ne savons rien sur ses lieux et conditions de détention…..mais reste 2 ans dans les geôles russes.

En rentrant en France, il est réincorporé au 60e Régiment d’Infanterie de Ligne, le 18 Janvier 1815.

Armée du Nord, les Cent jours

  • Le 16 Juin 1815  ……….. Bataille de Fleurus ou  Ligny

Le 64e RIL est commandé par le Colonel Raimond-Martin DUBALEN (qui sera tué  devant Saint Amand à Ligny le 16 Juin 1815).

Avant Waterloo en 1815 au sein du 3e corps du Général Vandamne colonel Dubalen et du maréchal Grouchy.

  • 18 juin ……… Bataille de Wavre
  • 19 Juin ……….Replis sur Namur.

Il entre à l’Hôpital ce 19 Juin 1815 et y sera au moins jusqu’au 1er Octobre 1815

Premier mariage : le 22 avril 1822 avec Angélique MARCHAND à Gicon hameau de St Disdier en Dévoluy. 9 enfants : 6 garçons et 3 filles sont nés de cette union.

Second mariage : le 15 Février 1840 avec Rose BEAUME (dite Marie) à St Disdier en Dévoluy. 6 enfants : 5 garçons – 1 fille sont nés de cette union.

Michel a donc eu 2 épouses et 15 enfants : 11 garçons et 4 filles

         

nom: SARRAZIN
prénom: Michel
année de naissance : 1792
commune de résidence : Saint Disdier
département: Hautes-Alpes
code : F05
pays : France
grade : fusilier
régiment : 53e, 6e et 64e de Ligne
période : 1812-1816
dossier :

Campagnes de 1792 à 1815
A ses compagnons de gloire sa dernière pensée
Ste Hélène 5 mai 1821

fusilier-d-infanterie-de-ligne-1812

Michel et combien d’autres Dévoluards…..notre soldat de l’Empire, de la retraite de Russie, des dernières heures de Napoléon.

Ces soldats sont vos arrières grands -pères, vos grands -pères, vos grands oncles, vos cousins…

.Jean PASCAL – Pierre MEYSENQ – Etienne AUROUZE – Joseph CEBE -Pierre CHAIX – Pierre LAURENS -Jacques PIOT – Pierre MICHEL – Didier LAURENS – Pierre CORREARD et ce ne sont là, que les quelques-uns qui ont reçu la médaille de Ste Hélène.

Une petite idée de la retraite de Russie…https://dai.ly/x623nx

Au printemps 1812 Napoléon rassemble une armée de 600 000 hommes, dont la moitié provient des pays vassaux, appelée l’armée des vingt nations par les Russes. Le Niémen est franchi le 24 juin. Napoléon tente d’encercler les deux armées russes mais elles se dérobent en faisant le vide devant la Grande Armée par la tactique de la terre brûlée. Après deux mois de marches épuisantes, l’Empereur arrive près de Moscou sans avoir obtenu de succès décisif ; en revanche, les maladies et surtout les désertions lui ont enlevé plus de 150 000 hommes et il a perdu la plus grande partie de ses chevaux. Après des combats d’un acharnement inouï au cours desquels 50 000 Russes et 30 000 Français périssent, Napoléon entre dans Moscou dont les ressources sont presque aussitôt anéanties par un gigantesque incendie. Après un mois d’hésitation il décide de repartir, le 19 octobre 1812. Mais il est trop tard : l’hiver, d’une rigueur exceptionnelle, est déjà là. La retraite se transforme en véritable désastre. Les soldats arrivent à forcer le passage de la Bérézina fin novembre, mais 100 000 hommes seulement parviennent à rentrer.

L’Episode de la retraite de Russie représente une campagne hivernale sinistre ; une trouée de lumière y met en valeur un groupe d’hommes à cheval.

L’Empereur, vêtu d’une pelisse blanche, suivi de quelques officiers, chevauche sous la neige. Au premier plan, à droite, chargés de lancer des projectiles, les grenadiers. A gauche, des soldats de cavalerie, les cuirassiers. Hommes et bêtes sont courbés dans leur effort pour avancer dans les neiges boueuses. Les visages sont quasiment masqués, indiscernables. L’atmosphère est fantomatique. Dans le coin gauche du tableau un vol d’oiseaux noirs reprend le symbole classique de la désolation.

Au moment de la retraite, le maréchal Ney commande l’arrière-garde. On le voit dans le second tableau, Le Maréchal Ney à la redoute de Kovno, s’adresser à des soldats visiblement épuisés et frigorifiés. Il a la posture du chef qui indique le combat et s’expose en avant de ses troupes. Son geste du bras indique l’ennemi qui apparaît à droite en contrebas. Fusils à baïonnette à la main, ses hommes s’apprêtent à réagir. L’un d’entre eux s’est déjà agenouillé, fusil à l’épaule, il vise. Le maréchal tient à la main gauche non pas un bâton de commandement, mais un fusil, tel un simple fantassin, prêt pour l’assaut. Dans cette attitude il illustre une fois de plus son surnom de « Brave des braves ». Aussi son exécution en 1815, suite à son ralliement à l’Empereur durant les Cent-Jours, suscitera-t-elle une vive émotion. On peut aujourd’hui encore admirer sa statue exécutée par Rude (1853), place de l’Observatoire à Paris. Raffet reprenait parfois en peinture des illustrations exécutées pour des livres. C’est le cas de ce tableau dont l’illustration est tirée de l’Histoire de Napoléon de Norvins, publiée en 1839.

(extrait de l’histoire par l’image)Denis Auguste Marie Raffet Episode de la Retraite de Russie, 1812

LA RETRAITE DE RUSSIE
Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l’aigle baissait la tête.
Sombres jours ! L’Empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la grande armée, et maintenant troupeau.
On ne distinguait plus les ailes ni le centre.
Il neigeait. Les blessés s’abritaient dans le ventre
Des chevaux morts; au seuil des bivouacs désolés
On voyait des clairons à leur poste gelés,
Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,
Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.
Boulets, mitraille, obus, mêlés aux flocons blancs,
Pleuvaient; les grenadiers, surpris d’être tremblants,
Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise.
Il neigeait, il neigeait toujours! La froide bise
Sifflait; sur le verglas, dans des lieux inconnus,
On n’avait pas de pain et l’on allait pieds nus.
Ce n’étaient plus des cœurs vivants, des gens de guerre:
C’était un rêve errant dans la brume, un mystère,
Une procession d’ombres sous le ciel noir.
La solitude vaste, épouvantable à voir,
Partout apparaissait, muette vengeresse.
Le ciel faisait sans bruit avec la neige épaisse
Pour cette immense armée un immense linceul.
Et chacun se sentant mourir, on était seul.
Victor Hugo
Les Châtiments L’expiation

Michel SARRAZIN  prisonnier en Russie

Nous l’avons laissé durant la retraite de Russie.. dure très dure…la neige, le très grand froid  (-28°) le typhus faisaient rage. Ceux qui ne mourraient pas en chemin étaient presque tous atteints de gelures.

Nous retrouvons Michel à ‘hôpital à Berlin… mais les cosaques talonnent les troupes françaises et ne s’encombrent pas de préjugés… ils font prisonniers tous les malades relativement valides. Michel est fait prisonnier les 4 Mars 1813.

Je n’ose imaginer ce qu’il a du penser (lui et ses compagnons d’infortune Dévoluards ou non)  venir du fin fond des alpes… aller jusqu’à Moscou à pieds, revenir jusqu’à Berlin… et devoir repartir en Russie… toujours à pieds….

Peu de témoignages subsistent sur la captivité de nos grognards en Russie…

Les conditions furent très différentes, à la fois selon le lieu de capture, selon les troupes de l’arrière à qui ils furent confiés, par qui ils furent capturés et quel officier supérieur commandait dans le secteur. Dans la région de Moscou, environ 110 000 prisonniers de la campagne de 1812 furent répartis dans les différentes localités, fermes et exploitations agricoles. Les officiers furent mieux traités comme c’était l’usage, les soldats ne furent pas tous malheureux, mais certains n’échappèrent pas à une détention longue et terrible.

Témoignage « Mes amis essayèrent de me relever, Peyre voulut me porter sur ses épaules, ce poids accabla sa faiblesse, ils m’embrassaient et s’efforçaient de toucher l’âme impitoyable de nos conducteurs, ces tigres les obligèrent à coups de lances et de piques à m’abandonner étendu dans la boue, je les vis s’éloigner désolés et le visage inondé de pleurs. Le convoi des sous-officiers et des soldats passa devant moi, plusieurs me reconnurent, sans s’arrêter, ils m’adressèrent des paroles de regret et de compassion, persuadés que je serais égorgé par l’arrière-garde, d’autres, tout entiers au sentiment de leurs maux jetèrent sur moi un regard stupide : « c’est Monsieur Bouisson, dirent-ils, son compte sera bientôt fait » et ils s’éloignèrent en gémissant, en pleurant, pâles, décharnés comme des spectres »

L’on apprend encore que : non seulement des prisonniers français rentrèrent de Russie mais ils revinrent généralement dès l’été 1814, le « commissaire du roi au renvoi accéléré en France des prisonniers de guerre se trouvant dans l’Empire russe » fit paraître des annonces dans les journaux russes en français et en allemand, invitant les prisonniers de la Grande Armée à rentrer en France. À l’automne 1814, un premier convoi de trois bateaux, avec d’anciens prisonniers de guerre à bord, quitta Riga pour Le Havre. À la fin de 1815 (avec un arrêt des rapatriements lors des Cent-Jours), plusieurs milliers de prisonniers avaient regagné la France par mer ou par terre

Les rescapés de 1812 rentrèrent, dans un pays avec de nouvelles frontières et avec des valeurs bien différentes que celles dans lesquelles ils avaient passé leur enfance. Selon le régime politique du moment, l’accueil et l’intérêt porté aux anciens de la Grande Armée, anciens prisonniers des Russes ou autres, varia considérablement

Nous pourrions nous imaginer que le Second Empire ait soutenu la publication des mémoires des survivants de la Grande Armée capturés en 1812 – 1813. Napoléon III est, en effet, bien connu pour avoir pris des mesures pour venir en aide à d’anciens vétérans des armées napoléoniennes. Le neveu de Bonaparte créa en 1857 la médaille de Sainte-Hélène, pour récompenser les quelque 400 000 hommes encore vivants en 1857, qui avaient combattu aux côtés de Napoléon Ier à partir de 1804.  Cependant, le faible nombre d’attribution de secours viagers  à des vétérans des guerres de 1792 à 1815 laisse planer un doute sur les motivations réelles de Napoléon III. Cette décoration ne fût elle pas créée dans l’unique but de stimuler la « foi impériale » du peuple francais ?

Quelles sont donc les raisons pour lesquelles si peu de témoignages de la captivité des grognards en Russie subsistent ?

Même sous le Second Empire, peu d’anciens prisonniers des campagnes napoléoniennes prirent la plume : la différence d’espérance de vie, le taux d’analphabétisme de la population, les coûts de publication, la rareté des sites d’impression d’ouvrages. Les survivants de la Grande Armée n’eurent pas la possibilité matérielle de rédiger leurs souvenirs. Non bénéficiaires de retraites, les anciens « grognards » durent travailler jusqu’à la fin de leurs jours pour pouvoir survivre.

Enfin, n’oublions pas les quelques 2 000 Français qui firent souche en Russie après leur détention pour différentes raisons, d’autres furent achetés par des propriétaires terriens et furent emmenés parfois très loin dans l’immense Russie, jusqu’en Sibérie. Ils connurent les affres de l’esclave et seuls quelques rares survivants, parfois évadés comme un Alsacien qui revînt au pays en 1834, purent témoigner de l’horreur de ce qu’ils avaient connu. Eh oui vos arrières-arrières grands pères, vos arrières grands oncles ont participé à cette épopée certains en sont revenus.. comme Michel ….

Campagne de Belgique

Puis,  il est de nouveau enrôlé dans 60e RIL ( Régiment d’Infanterie de Ligne)  le 18 janvier 1815 et il est bien noté  « Par ordre supérieur incorporé venant des prisons de Russie » Nous pouvons donc supposer qu’il est rentré début janvier 1815 sans doute par bateau…

Ces pauvres prisonniers n’ont pas dû avoir vraiment le choix et ont dû être, vite, recrutés par groupe à la descente du bateau…par l’administration de Louis XVIII…

Pourquoi ce raisonnement ?  parce que s’il était rentré à pied et seul… il serait  directement retourné chez lui et ne serait pas allé s’engager de nouveau dans l’armée…..

Alors une zone d’ombre demeure…nous venons de le voir, il est de nouveau enrôlé  le 18 janvier 1815 alors que Napoléon s’enfuit  de l’île d’Elbe et ne débarque à Juan les Pins que le 1er Mars.. il arrive à Paris le 20 mars. ….Alors que  fait le  60e RIL,  sous Louis XVIII,  en attendant de redevenir 64e RIL au retour de Napoléon ?

Et voilà Michel et ses compagnons de fortune entraînés vers une nouvelle campagne de guerre…

La bataille de Ligny ou Fleury qui fut un succès,  Le 16 juin Napoléon décide de séparer son armée en deux et envoie le maréchal Grouchy et le corps d’armée le plus important à Ligny non loin de Charleroi, où se trouvent les armées prussiennes dirigées par Blücher.

Dès le matin les soldats prussiens barricadent  les entrées du village de Ligny en y empilant des caissons, des pierres, des débris divers et en y renversant des diligences ; les rues sont barricadées, les fermes fortifiées. Ligny et les villages alentours sont transformés en de véritables places fortes ; mais c’était sans compter la volonté de Napoléon qui  dirigera la bataille et vaincra les prussiens.

Au lendemain de Ligny, le Maréchal Grouchy dispose de 34 000 hommes pour harceler les Prussiens dans leur retraite, les maintenir séparés des Anglais et bien entendu prévenir un éventuel retour offensif de leur part.

Le 17 juin Grouchy prend la direction de Namur, sans se douter que Blücher et ses hommes filent vers Wavre (10km au Nord-est de Mont St Jean).  Dans la soirée il découvre la manœuvre prussienne et entreprends de marcher sur Wavre le lendemain.

Le 18 juin il progresse lentement sans talonner l’ennemi. Quand Grouchy parvient enfin à Wavre, il est bloqué par le IIIe Corps de Thielmann. A la décharge du Maréchal au cours de cette campagne la transmission des ordres du quartier général est défaillante, les estafettes envoyées en nombre insuffisant  portent les messages en retard. De surcroît les directives de l’Empereur sont parfois mal transcrites. Cette défaillance dans les communications impériales handicapent la bonne entente et la coordination des mouvements entre l’armée principale et l’aile droite de Grouchy.

Il doit cependant livrer bataille pour dégager le pont qui lui permettrait de rejoindre Waterloo…mais  il sera trop tard et l’empereur lui en fera le reproche. Pourtant, il sera victorieux à Wavre et assurera le repli en bon ordre de ses troupes après la défaite

Lors de cette bataille de Wavre Michel est blessé. On le retrouve à l’hôpital du 19 juin il sera rayé des effectifs le 1er Octobre 1915 puisque toujours hospitalisé. Nous verrons dans le prochain épisode quels étaient les soins les soins apportés à ces blessés des champs de bataille napoléoniens

« Dans ses Mémoires, Napoléon a fait porter sur son maréchal une part importante du poids de la défaite. A sa suite, des générations d’historiens ont fait de même. La tendance actuelle est de modérer les accusations contre Grouchy, pour plusieurs raisons. La première est que la poursuite des Prussiens n’avait été ordonnée par Napoléon que douze heures après la fin de la bataille de Ligny, soit beaucoup trop tard pour que Grouchy puisse talonner l’adversaire. La deuxième est qu’à aucun moment Napoléon n’a rappelé clairement Grouchy vers lui. La troisième est que, compte tenu du fait que Grouchy devait traverser une rivière (la Dyle) pour rejoindre Waterloo, il lui fallait se rendre maître du seul pont disponible, à Wavre, à une bonne dizaine de kilomètres du lieu où il se trouvait au matin du 18 juin. Or les Prussiens occupaient solidement ce point de passage et il aurait fallu combattre plusieurs heures pour s’en rendre maître. Il aurait fallu ensuite faire parcourir une douzaine de kilomètres supplémentaires à 33 000 hommes, leurs caissons et leur artillerie. Quel que soit le moment de l’après-midi où Grouchy aurait commencé ce mouvement complexe, il ne serait jamais arrivé à temps à Waterloo. Il est donc très exagéré de le rendre responsable, et encore moins seul responsable, de la catastrophe. Au matin de la bataille, alors que le major général Soult suppliait Napoléon de rappeler le corps de Grouchy, l’Empereur refusa sèchement la proposition et voulut qu’on ne se concentre que sur l’armée de ce Wellington qu’il considérait comme un mauvais général: «Ce sera l’affaire d’un déjeuner», avait-il ajouté » (Le figaro)

Emmanuel de Grouchy

Michel Sarrazin Blessé à Wavre – le Service de santé

Nous retrouvons Michel Sarrazin, blessé à la bataille de Wavre, qu’en est-il donc des services de santé durant cette campagne de Belgique… Fleury, Quatre Bras, Waterloo, wavre….

Les blessures les plus rencontrées sont par balles, des fractures, coup de sabre, coup de boulet, blessures par baïonnette, blessures par la mitraille, éclat d’obus, blessures avec lance.

Le travail du chirurgien sur la bataille était décrit par le type de blessures rencontrées.

1.      Extraction de balles avec sonde ou tire balle.

2.      Suture ou cautérisation de plaie

3.      amputation

4.      réduction de fracture

5.      trépanation

Ce travail était réalisé en général sans anesthésie. Le laudanum étant rare était réservé aux officiers supérieurs et l’alcool souvent utilisé après l’opération étant un vasodilatateur était également limité. L’anesthésie au gaz existait mais n’était utilisé que pour les fêtes mondaines à faire rire.

Pour éviter des cris, le soldat serrait dans les dents un morceau de bois ou de cuir. Le soldat fière gardait en bouche son brûle gueule (sa pipe). Si elle tombait pendant l’intervention étant en terre cuite, la pipe cassait d’où l’expression se casser la pipe prend tout son sens.

Recensement des pertes de l’armée française :

Officiers /           tués : 532                    Blessés : 1881

Sous officiers et soldats/  tués : 9445          Blessés : 30800

Officiers, sous-officiers et soldats prisonniers au soir de Waterloo est de 8000 hommes.

Soit une perte pour l’armée française de 50658 hommes.

L’organisation du service de santé Français :

Dominique Larrey :

Larrey avait son ambulance centrale au Caillou auprès de la ferme de la Belle-Alliance. Mais comme d’habitude il fut loin de s’y tenir pendant la durée du combat. A un moment donné, Wellington qui du haut du Mont Saint Jean suivait les péripéties du combat l’aperçut sous le feu même des canons anglais. «  Quel est dit-il cet audacieux ? » c’est Larrey lui répond-on. «  Allez dire de ne pas tirer de ce côté ; laissons ce brave le temps de ramasser ses blessés ». Et il souleva son chapeau ; «  qui saluez vous ? fit le Duc de Cambridge- je salue l’honneur et la loyauté qui passent ». Il désigna le chirurgien de la garde de son épée.

L’activité médicale intense à duré six mois sur une partie importante du territoire belge actuel.

La Belgique fut appelée : « La sœur de charité de l’Europe guerrière »

Bruxelles et Louvain auraient mérité l’appellation de ville sanitaire.

Les lendemains de Waterloo et les soins dans les hôpitaux belges.

Le 17 juin, Grand fait réquisitionner les deux grands hôpitaux civils de Bruxelles, l’hôpital Saint Pierre et saint Jean, et 3 grandes casernes. Mais les besoins en moyens de transports ont été sous-estimés.

Dés le 19 juin, les convois britanniques et hollando-belge dirigent les blessés des Quatres Bras et de Waterloo vers Bruxelles. Les prussiens dirigent leurs blessés de Ligny, de Plancenoit et Wavre vers Louvain et Namur.

Tout est très vite saturé. La plupart des édifices publics et religieux sont transformés en hôpitaux temporaires et sont très vite encombrés.

A Bruxelles, de nombreuses maisons, ateliers et propriétés sont transformés en ambulances pour des milliers de blessés. Dans la ferme du Mont-Saint Jean devenue hôpital du champ de bataille, les membres amputés forment des monceaux qui s’adossent aux coins de la cour.

Le rapatriement commence très rapidement pour les anglais et hollando-belges.

Les blessés français sont concentrés dans les hôpitaux de Bruxelles et Louvain. Certains, surtout des officiers, furent envoyés en Angleterre mais une minorité. Beaucoup suivent la ligne d’évacuation prussienne sans dépasser les hôpitaux de Liège et de Maastricht.

Le couvent Sainte Agathe de Liège est transformé en hôpital des français. Les derniers blessés français regagnent la France le 17 novembre 1815.

Les blessés prussiens étaient dispensés à Bruxelles, Anvers et surtout Louvain. Mais aussi à Namur et Gant.

L’hôpital militaire de Liège à eu une importance primordiale pour le rapatriement des blessés prussiens. Les derniers quittent Liège en Mars 1816.

Le 20 juin, il faut creuser des fosses et y enfuir les corps. Il fait très chaud et les odeurs pestilentielles se dégagent. On les recouvre de chaux vive et d’une butte de terre.

Mais la chaleur accablante amplifie cette puanteur et les risques d’épidémie. L’église accepte de brûler les morts. Ils brulent pendant huit jours. Les bûchers de Gaumont brûlèrent plus de 900 corps. En juillet, la canicule fait crevasser les sinistres monticules et laissent apparaître les cadavres en laissant passer une puanteur fétide. Le 10 août, il faut recommencer a brûler les cadavres.

Au regard de toutes ces informations extraites du site  « La Première compagnie d’ambulance » Michel aurait donc été hospitalisé à Louvain.  Il est  à l’hôpital depuis le  19 juin 1815 et il y est toujours le 1er octobre,  c’est la raison pour laquelle il est rayé des listes des son régiment. On peut aisément imaginer qu’il rentrera dans son Dévoluy natal courant  du mois d’octobre ou de novembre.

Les dents de Waterloo :

Dans la première partie du 19e siècle, les patients avec beaucoup d’argent, mais très peu de dents étaient prêts à payer des sommes énormes pour une bonne série de prothèses dentaires. Les meilleurs ont été faites avec de vraies dents humaines à l’avant.

A la fin des combats, la nuit, les charognards du champ de bataille ont vaqué à leurs travaux invisibles. Ils ramassaient les armes et les objets de valeurs.

Puis vint l’acte final de la profanation. Avec l’adresse d’un chirurgien dentiste, ils arrachaient toutes les dents intactes de devant. Cela n’avait rien de nouveau, mais à cette échelle c’était différent. Le flot de dents sur le marché était tellement énorme que les prothèses faites de seconde main ont eu un nouveau nom ; les dents de Waterloo.

Les chasseurs de dents suivaient les armées

L’histoire des services de santé militaires se confond avec l’histoire des guerres. Elle s’inscrit aussi dans l’histoire scientifique de la médecine.

Le service de santé a fait face avec compétence aux difficultés rencontrées par l’acharnement des batailles, l’accroissement des effectifs engagés et l’emploi de l’artillerie.

Avec les progrès de l’artillerie et la multiplication des bouches à feu, les médecins avaient observés que les soldats effleurés par les boulets et qui n’avaient aucune lésion apparente, n’en présentaient pas moins à l’autopsie des fractures osseuses et des bouleversements viscéraux parfois considérables. L’expression vent du boulet avait été retenue pour définir ce syndrome qui devenait d’une guerre à l’autre plus fréquent.

Les médicaments :

Eau camphrée

Laudanum

Liqueur d’Hoffmann

Le quinquina pour la fièvre

Entre autre

Documents et images extraits du site   « La Première compagnie d’ambulance »

    

Cuirasse du carabinier Fauveau bataille de Waterloo (Musée de l’armée)